Woerther, Frédérique & Larivière, Michel
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Core ideas
Raphaël Enthoven ouvre la semaine sur Aristote, le « meilleur élève » et le plus infidèle de Platon (L'École d'Athènes de Raphaël montre l'un désignant le ciel, l'autre le sol), par la question du caractère, l'ethos, dont le nom comme la chose naissent de l'habitude. Est-ce « en forgeant qu'on devient forgeron » ? Frédérique Woerther répond que oui, mais pas seulement : il faut aussi des dispositions naturelles de départ, une « puissance première », que l'habitude et une éducation réussie transforment en vertu. Au livre VIII des Politiques, l'éducation des enfants, qui n'ont pas encore de raison mature, passe d'abord par la gymnastique et la musique, deux enseignements non discursifs. Héritée du pythagorisme, de Damon et de Platon, la musique, avec le rythme dorien, modèle l'âme pour la préparer à l'éducation rationnelle. Les éducateurs y tiennent lieu du logos que l'enfant ne possède pas encore. Contrairement à Platon, Aristote ne règle pas la conception des enfants. Il ne vise pas une égalité impossible, l'exemple étant Usain Bolt face à un animateur de France Culture sur 100 mètres, mais à rendre chacun aussi vertueux que ses capacités le permettent.
Les portraits des jeunes et des vieux du livre II de la Rhétorique ressemblent à des clichés : les jeunes vivent d'espoir et de désirs changeants, les vieux de mémoire et de « peut-être ». Woerther les présente comme un catalogue de prémisses vraisemblables, des lieux communs fondés sur l'expérience commune, que l'orateur utilise en connaissant leurs exceptions. Selon la définition de Fârâbî, le persuasif est ce à quoi l'on adhère tout en acceptant son contraire. L'homme mûr du chapitre 17 incarne la médiété entre l'excès de la jeunesse et le défaut de la vieillesse. Enthoven pousse plus loin : et si l'on remplaçait les jeunes par des lieux communs racistes ? Woerther répond que de telles prémisses ne fonctionnent qu'auprès d'un auditoire disposé à les entendre. La vertu de l'orateur est l'adaptation à l'auditoire, le kairos hérité de Gorgias, Alcidamas et Isocrate.
Le cas Georges Frêche, qui revendique de parler « aux cons le langage des cons », relève selon elle d'un individu qui affirme sa liberté de parole et prétend dire tout haut ce que chacun pense tout bas. L'adaptation aristotélicienne est au contraire politique : on s'accorde aux valeurs d'une communauté, et l'orateur athénien, citoyen interchangeable, est d'autant plus persuasif qu'il présente un caractère impersonnel. Le discours de victoire de Barack Obama est fédérateur, mais il nomme les composantes de la population, ce qui n'a pas d'équivalent dans l'Athènes démocratique. La rhétorique, comme la dialectique, peut soutenir une thèse et son contraire, mais Aristote rappelle que le vrai est plus persuasif et que les hommes sont naturellement portés vers lui. L'abbé de Ridicule, disgracié pour avoir dit pouvoir démontrer aussi bien l'inexistence de Dieu, se trompait d'objet : la rhétorique ne traite que des affaires humaines contingentes du monde sublunaire, celles qui appellent une décision. Elle sert aussi au philosophe ou au législateur, chez Fârâbî, à transmettre au peuple des vérités démontrées ailleurs. Woerther définit enfin l'ethos comme l'un des trois moyens de persuasion, avec le logos et le pathos : une image de l'orateur purement construite par le discours, ce qui distingue Aristote des techniques de son temps. Dans le journal, Michel Larivière présente Que font vos psychanalystes ?, qui mêle récits de cas et réflexions sur l'écriture, la demande de l'analyste lui-même et une enfance « contemporaine de tous les âges de la vie ». Adèle Van Reeth recommande aussi le Derrida de Jean-Michel Salanskis.
Excerpts
Frédérique Woerther sur les dispositions naturelles :
“pour Aristote pour être véritablement forgeron il faut forger mais il faut au départ aussi avoir la capacité de pouvoir forger autrement dit pour être un homme vertueux il faudrait avoir des dispositions naturelles de départ qui puissent nous rendre capable après par le biais de l'habitude de d'action vertueuse répété de devenir soi-même vertueux”
Frédérique Woerther sur le persuasif :
“dans une une argumentation rhtorique comme le dira le le commentateur arabe d'Aristote Farabi le persuasif c'est ce à quoi on donne son assentiment mais dont on accepte aussi le contraire ça c'est la définition du persuasif”
Frédérique Woerther sur l'orateur impersonnel :
“l'orateur est d'autant plus persuasif qu'il représente un caractère neutre et euh impersonnel en réalité qui euh qui a toutes les valeurs euh euh communes politique [...] chaque citoyen en fait et peut être remplacé par un autre citoyen et on est d'autant plus persuasif quand on est orateur qu'on représente les valeurs du citoyen anonyme”