Gavray, Marc-Antoine
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ quarante-cinq minutes d'émission ; sous-titres YouTube automatiques en français, assez fidèles mais sans ponctuation, avec quelques noms déformés)
Core ideas
Un dialogue sur la possibilité du dialogue. Gavray présente le Protagoras comme l'un des plus beaux textes de Platon et l'un des plus anciens conservés, une joute entre « deux virtuoses » où Socrate exige des réponses brèves, au motif qu'il a « mauvaise mémoire », tandis que le sophiste Protagoras préfère les longs discours. Il y voit une ironie socratique : la mémoire défaillante est un moyen de forcer l'interlocuteur à rester dans l'échange question-réponse, car sans cela il n'y a pas de dialogue. Il distingue la dispute entre amis, où chacun s'examine, de la querelle, où l'on veut écraser l'autre, et décrit l'ironie de Socrate comme une mise à l'épreuve de l'opinion adverse : le louer pour qu'il défende sa thèse jusqu'à la contradiction. Le fait que Socrate raconte lui-même la conversation pèse sur le récit, et Protagoras n'a « aucune chance » dans ce dispositif.
Ce qu'enseigne le sophiste, et le mythe de Prométhée. Situé vers 425, au début de la guerre du Péloponnèse, le dialogue s'ouvre sur le jeune Hippocrate, qui réveille Socrate à l'aube pour être présenté à Protagoras sans savoir ce qu'est un sophiste ; Socrate lui rappelle qu'on achète au sophiste une « denrée pour l'âme » qu'on ne peut pas faire examiner avant de l'ingérer. Protagoras affirme enseigner l'art politique : bien gérer sa maison et bien parler à l'assemblée. Gavray lit son célèbre mythe : Épiméthée distribue les facultés aux animaux et oublie les hommes, Prométhée dérobe les arts et le feu, mais les hommes s'entretuent faute de vie commune ; Zeus envoie alors Hermès distribuer à tous la pudeur (aidôs) et la justice, conditions de la cité, d'où, selon lui, « la première justification de la démocratie ». L'animateur rapproche ce portrait de l'homme « oublié de la création » de Rousseau et du discours de Pic de la Mirandole sur la dignité de l'homme, lu dans l'émission, et Gavray juge plausible que la Renaissance ait repris des idées de Protagoras.
L'unité des vertus et l'aporie. La question de fond est de savoir si la vertu s'enseigne. Socrate demande si ses parties (courage, justice, sagesse) sont comme des morceaux d'or, qui ne diffèrent que par la taille, ou comme des parties d'un visage, qui ont chacune leur fonction ; Protagoras choisit la seconde réponse, puis soutient qu'on peut être courageux sans être juste ni sage, donc ignorant et courageux. Socrate, lui-même d'un grand courage, l'amène à une aporie : penser le courage séparé du savoir rompt le lien avec le tout. À la fin les positions se sont renversées : Protagoras, qui fait profession d'enseigner la vertu, est acculé à reconnaître qu'il a « retourné sa veste », tandis que Socrate, d'abord sceptique, en vient à soutenir qu'elle s'enseigne. Gavray en tire une leçon de méthode platonicienne : partir d'une unité et la diviser en parties, mais comprendre chaque partie comme articulée à un tout, de sorte qu'on ne comprend pas le courage sans la justice ni la tempérance.
Excerpts
“« un dialogue ne peut avoir lieu que si une question appelle une réponse et la réponse répond bien à la question précédente »”
“« on a dans le protagoras dans la bouche du sophiste la première justification de la démocratie »”
“« il faut toujours la comprendre en tant qu'elle est partie d'une totalité »”