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Aubry, Gwenaëlle

chercheuse au CNRS, éditrice du traité 53 de Plotin, auteure de Dieu sans la puissance

Journée d’études Pierre Hadot - Partie 4

Hopliteia · Nov 9, 2014 · partial coverage

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Coverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur « Hadot » et « Badiou »)

Core ideas

Hadot est-il un antiphilosophe ? Aubry part d'une conversation avec Hadot : en suivant le séminaire d'Alain Badiou sur l'antiphilosophie, elle avait remarqué que certaines thèses de Hadot (l'insistance sur la dimension pratique de la philosophie antique) pouvaient être mésinterprétées comme allant dans le sens d'une destitution de la philosophie comme discours. Elle distingue deux sens du mot : celui du XVIIIᵉ siècle (l'abbé Mayol de Chaudon, contre Voltaire et les Lumières) ; celui de Lacan (une investigation de ce que le discours universitaire doit à sa « supposition éducative ») ; et celui de Badiou, appliqué à Nietzsche, Wittgenstein et Lacan, avec deux invariants : la destitution de la théorie au profit de l'acte, et celle de la vérité au profit du sens.

Causalité réciproque. Pour Hadot, le primat de l'acte et du choix de vie est triple : chronologique (« le discours philosophique prend donc son origine dans un choix de vie et une option existentielle et non l'inverse »), logique (le mode de vie éclaire le discours) et ontologique/téléologique (le discours est pour l'acte). Mais ce n'est pas une subordination stricte : il parle de « causalité réciproque » et dit que philosophie et discours philosophique sont « à la fois inséparables et incommensurables ». Inséparables : même le système (le tétrapharmacon épicurien, l'imbrication stoïcienne de la logique, de la physique et de l'éthique) renforce l'incorporation du discours ; théorie et pratique ne s'opposent pas (le discours est toujours formateur, thérapeutique, psychagogique ; Plutarque : « le discours philosophique ne sculpte pas des statues immobiles »). Incommensurables : l'expérience vitale fondatrice excède le discours (cas limites des cyniques, des sceptiques dont le discours s'auto-supprime, des mystiques comme Plotin, mais le discours est requis pour dire cet excès). Hadot rapproche Wittgenstein des sceptiques et des mystiques, doit à l'idée de « jeu de langage » son concept d'exercice spirituel, mais refuse l'attitude silencieuse : la philosophie ne doit pas s'arrêter après un livre. Il écrit : « un autre danger, le pire de tous, serait de croire qu'il est possible de se passer de la réflexion philosophique. »

Une démarche « archiphilosophique ». Selon Aubry, la notion de Badiou ne s'applique pas à Hadot, mais son sens lacanien pourrait : Hadot critique la philosophie universitaire (fonctionnarisation dès Marc Aurèle, commentaire et scolastique, dissociation de l'enseignement et de la communauté de vie, rupture fondamentale au Moyen Âge qui transfère l'enjeu existentiel à la religion et réduit la philosophie à servante de la théologie, comme l'a montré Domański). Son projet est de restituer à la philosophie le poids existentiel revendiqué par la religion : non « anti » mais « archi » philosophique. Dans la discussion : pas de dialogue direct entre Badiou et Hadot ; le statut du choix de vie, qui renvoie moins à une attitude qu'à une expérience fondamentale que le discours justifie, articule et renforce, avec un enjeu éthique de communicabilité ; le couple vérité/sens que Hadot manie peu (il préfère l'intérêt pratique et la raison théorique, et se méfie d'une philosophie du langage formaliste).

Excerpts

“« le discours philosophique prend donc son origine dans un choix de vie et une option existentielle et non l'inverse »”

“« à la fois inséparables et incommensurables »”

“« un autre danger le pire de tous serait de croire qu'il est possible de se passer de la réflexion philosophique »”