Pradeau, Jean-François
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Core ideas
Un philosophe d'Éphèse, une œuvre sans texte. Héraclite est issu d'une famille royale d'Éphèse, ce qui le place dans le camp des adversaires de la démocratie. On le connaît par Diogène Laërce, qui construit sa vie à partir de ses doctrines : sa mort (couvert de bouse de vache pour guérir son hydropisie, dévoré par les chiens) illustre sa théorie des contraires. Pradeau souligne qu'il n'existe pas de texte d'Héraclite : « tout ce qu'on lit de lui, ce ne sont que des citations », parfois huit siècles après, d'où l'échec de toutes les tentatives de reconstitution. Il est « le solitaire » et l'« obscur », sans école, qui adopte la posture oraculaire et des formules énigmatiques (que Socrate adoptera à son tour).
Un précurseur controversé. Platon voit dans Héraclite le constat que toutes choses changent, d'où le problème de la connaissance du sensible : la solution est de poser des réalités intelligibles qui donnent aux choses sensibles une forme de permanence (la participation). Aristote le décrie comme imposteur qui nie le principe de non-contradiction et confond mouvement et changement. Les stoïciens le consacrent comme premier à avoir dit que le monde provient du feu et qu'un principe rationnel y est à l'œuvre ; les chrétiens héritent de cette consécration.
Mobilisme, contraires, logos. Il y a bien un mobilisme universel (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve) et la contrariété de toute chose, mais Héraclite cherche à les accorder avec l'ordre du monde : le fleuve change mais reste fleuve, la route qui monte est aussi la route qui descend ; les contraires sont des seuils qui définissent un intervalle de changement, au-delà duquel il y a corruption. Il pense une « philosophie du rapport » (l'eau salée est vie pour les poissons, mort pour l'homme). Le feu est l'élément moteur des transformations cycliques ; le logos est à la fois la raison, la mesure et la loi du monde et la possibilité pour l'homme de le connaître. Il conteste la religion populaire anthropomorphe au profit d'un ordre du monde divinisé, fait de l'âme une sorte d'araignée au centre de la toile, appelle à se connaître comme partie d'une rationalité cosmique, et propose pour la première fois un projet cosmopolitique. L'émission se termine sur le premier fragment : le logos existe toujours mais les hommes ne le comprennent pas, comme des dormeurs.
Excerpts
“« tout ce qu'on lit de lui ce ne sont que des citations »”
“« on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »”
“« préfèrent vivre comme en sommeil »”