Cassin, Barbara
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Core ideas
Une tautologie ? L'animateur ouvre sur la traduction de Rosset du fragment 6 (« ce qui est est car ce qui existe existe… ») pour demander pourquoi un tel énoncé fait problème. Cassin répond qu'il faut respecter les différences du grec pour comprendre qu'il ne s'agit pas d'une tautologie : sa traduction (« être étant car être est, mais rien n'est pas ») garde la différence entre le verbe, le participe et l'infinitif. Parménide opère « une mise en intrigue de la langue grecque » : à partir du simple esti (« il est », troisième personne sans sujet), le poème passe, comme de pierre en pierre le long d'un ruisseau, du verbe à to eon, le participe substantivé, c'est-à-dire de l'ouverture de l'être à un sujet représentable, ce qui est « toute l'histoire de la philosophie ». Au moment où paraît to eon, il est décrit avec les mots mêmes de l'Ulysse attaché au mât devant les sirènes : l'identité du sujet s'y noue.
Lectures de Parménide. On a tiré le poème de deux côtés : une transcendance de l'être (Platon, qui doit le « tuer » en introduisant du non-être dans l'être, le parricide du Sophiste) ou une immanence (Spinoza, Rosset). Cassin propose une troisième voie, le linguistic turn, à travers Gorgias, qui compose un Traité du non-être en réponse au poème. Heidegger l'a lu avec force (être et penser le même, différence entre l'être et l'étant, bergers de l'être), mais sa lecture reste métaphysique : il y a l'être au-delà de l'étant. Le changement, chez Parménide, tombe du côté de la doxa, l'opinion des mortels ; Héraclite et Parménide sont opposés par la caricature (devenir contre être), alors que Heidegger les lit tous deux comme des grands commençants. Zénon d'Élée, élève de Parménide, avec ses paradoxes (Achille et la tortue), peut être tiré du côté de l'idée d'un changement qui n'est qu'une succession d'immobilités (Bergson), mais Cassin refuse de décider : chaque présocratique est une réécriture polémique d'un autre, des textes « palimpsestes ».
Lire les fragments. À l'objection qu'une histoire des interprétations tue l'expérience du texte, Cassin répond qu'il faut lire les textes et se demander ce qu'ils nous font : elle cite le proème (les juments, le char, les jeunes filles du Soleil, la déesse), dont le mélange de rêve et de pensée « fait rêver et penser ». Elle a choisi pour exergue de son livre « lira bien qui lira le dernier » : on lit avec toutes les lectures précédentes, ou comme si c'était la première fois, et ces deux gestes sont de la philosophie. La traduction, ajoute-t-elle, change tout selon les fragments.
Excerpts
“« d'une mise en intrigue de la langue grecque »”
“« chaque penseur chaque présocratique est une rétorcation à un autre »”
“« lira bien qui lira le dernier »”