de Fontenay, Élisabeth
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Core ideas
Un poème contre la peur, contre la religion. Fontenay ouvre sur le texte de Nietzsche qui voit dans Lucrèce l'adversaire d'une religion de la culpabilité, mais rappelle que l'épicurisme s'est d'abord construit contre le stoïcisme et sa téléologie ; les chrétiens ne s'y sont pas trompés, le cardinal de Polignac écrivant un long poème Contre Lucrèce. Lucrèce n'est pas athée : il remet les dieux à leur place, loin de la vie humaine. Le monde n'a pas été créé pour nous et va mal, donc aucune providence ; les dieux, tranquilles et heureux, ne savent rien de la peste d'Athènes ni de nos honneurs, et les sacrifices ou funérailles somptueuses ne servent à rien. Le sacrifice d'Iphigénie à Aulis (« la religion a enfanté tant de crimes ») est repris au livre II par la mère d'un veau immolé : l'homme et l'animal sont faits des mêmes atomes, d'où une tendresse pour les bêtes, que Fontenay nuance par la prescription lucrétienne de fuir la passion amoureuse, qui trahit une « absence de négativité » des matérialistes.
Désenchantement et réenchantement. Fontenay résume l'originalité du poème : il allie explication (de la nature, du clinamen, de la peste, par la météorologie au lieu de la mythologie) et célébration poétique, démystifiant sans consoler ; le poème est sombre, et Lucrèce ne console pas, contrairement au stoïcisme et au christianisme. Il peut garder les noms des dieux (Neptune, Cérès, Bacchus) comme métaphores, mais la terre y est tantôt mère, tantôt père, féconde à l'origine, épuisée aujourd'hui : un zoomorphisme qui contraste avec une physique minimale d'atomes et de vide et que Fontenay lit comme tension entre vitalisme et mécanisme.
L'âme mortelle et le clinamen. L'âme est matérielle, faite de quatre substances (souffle, chaleur, air et une quatrième sans nom, plus ténue) toutes mortelles ; Lucrèce réfute Platon et la métempsycose avec une drôle de violence (les âmes qui se battent pour occuper un corps), pour libérer de la peur de la mort : si l'homme périt tout entier, il n'y aura personne pour souffrir. L'homme qui se lamente à l'idée de son cadavre « garde un aiguillon secret » : il se croit encore présent. Le clinamen, légère déviation des atomes, rend possibles les rencontres et donc les mondes, et sert à échapper au destin stoïcien ; Fontenay refuse d'y voir une liberté de la volonté : il s'agit d'une spontanéité, un « de son propre gré » qui vaut aussi pour les animaux. Le sujet est repris le lendemain avec Jean Salem.
Excerpts
“« c'est un poème contre la peur contre la peur de la mort contre la peur des dieux »”
“« ce qui caractérise le poème de lucrèce et le désenchantement et leur et le réenchantement »”
“« il n'y a que les atomes et le vide et puis cette déviation »”