Moreau, Pierre-François
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Core ideas
La renaissance du stoïcisme. Disparu au Moyen Âge, le stoïcisme revient avec les humanistes : chez Alberti, il fournit un moyen de résister aux coups de la fortune, en construisant un personnage autonome, qui s'adapte à la cité et à l'incertitude historique ; sa rhétorique de la vertu et de la fortune en fait un modèle de force de l'individu, qui peut être lu soit comme libre arbitre, soit comme acceptation du destin. Au XVIe siècle, Calvin est accusé de stoïcisme à cause de la prédestination, et répond que les stoïciens sont pires : ils accordent trop au libre arbitre de l'homme en le disant maître de ce qui dépend de lui.
Juste Lipse et le néostoïcisme. Juste Lipse (De la constance, 1584, puis la Manuductio et la Physiologia stoicorum, 1604) propose un stoïcisme compatible avec le christianisme, comme « machine de guerre » contre l'aristotélisme dominant et le thomisme, pour éviter les débats sur la grâce et la prédestination : une morale naturelle ouverte à tous, qui ne fait appel qu'à la raison, pour une période de crise (guerres de religion, Pays-Bas ; le traité sera traduit pendant la Commune de Paris en 1870). Il vise la constance plus que la sérénité, tenir ferme dans la tempête. Guillaume du Vair (Traité de la constance, traduction du Manuel d'Épictète que Pascal connaissait par cœur), Pierre Charron, la morale par provision de Descartes et ses conseils à la princesse Élisabeth de lire Sénèque sur le bonheur prolongent cet horizon. Lagrée insiste sur la « patience sans espérance », la valorisation de la densité du présent contre l'eschatologie chrétienne, et lit un passage de l'École du sage de Chevreau (la vertu est sa propre récompense) ; elle voit dans les « vanités » picturales une face positive : non l'impermanence, mais l'éternité dans l'instant.
Spinoza, stoïcien ? Descartes et Spinoza sont accusés de stoïcisme. Moreau montre que Spinoza, qui attaque dans la préface de la cinquième partie de l'Éthique les stoïciens pour leur croyance naïve à l'empire de la volonté sur les affects (l'exemple des deux chiens), n'est pas stoïcien : il rejette la finalité, pense la totalité comme composée mécaniquement par juxtaposition de parties, et se rapproche plutôt d'Épicure, malgré son éloge de l'atomisme sans le vide ni les atomes. Cicéron (De la nature des dieux) montrait déjà que le stoïcien reproche à l'épicurien une conception mécanique du tout. L'émission se termine sur la conclusion de l'Éthique : tout ce qui est très précieux est aussi difficile que rare.
Excerpts
“« donc c'est le stoïcisme comme philosophie pour période de crise »”
“« le stoïcien souligne la densité du moment présent »”
“« tout ce qui est très précieux est aussi difficile que rare »”