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Ameisen, Jean-Claude & Klein, Étienne & Gouyon, Pierre-Henri & Gauvrit, Nicolas

Ameisen, Jean-Claude: médecin, professeur d'immunologie à l'université Paris 7, président du comité d'éthique de l'Inserm

Klein, Étienne: physicien au CEA, professeur à l'École centrale de Paris

Gouyon, Pierre-Henri: professeur au Muséum national d'histoire naturelle et à Sciences Po

Gauvrit, Nicolas: maître de conférences en mathématiques à l'université d'Artois, docteur en sciences cognitives, auteur de Vous avez dit hasard ?

L'émission est animée par Michel Alberganti, qui ne se nomme qu'au générique de fin.

Le hasard existe-t-il ?

Hopliteia · Jul 25, 2015 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

La science cherche des lois pour prédire, mais le hasard ne cesse de resurgir dès que les recherches s'affinent. Pierre-Henri Gouyon défend la définition de Cournot, la rencontre de deux séries causales indépendantes, comme la tuile qui tombe sur un passant. L'indépendance se teste mathématiquement, et la définition couvre presque tous les usages, sauf le hasard quantique. En biologie, dire que les variations se produisent « au hasard » ne signifie pas que tout peut arriver, mais que la cause d'une mutation est indépendante de son effet sélectif. Étienne Klein distingue la chance, l'aléatoire et le contingent. Il juge la définition de Cournot pragmatique mais fragile, car dans la nature les séries causales ne sont jamais parfaitement indépendantes. Jean-Claude Ameisen cite les hésitations de Darwin, pour qui le mot hasard exprimait notre ignorance, et la définition de Poincaré par la sensibilité aux conditions initiales. Il souligne le paradoxe des probabilités : l'ignorance de chaque événement singulier s'intègre dans une connaissance des régularités. Nicolas Gauvrit s'étonne qu'aucun manuel de probabilités ne définisse le hasard (tout y est « événement aléatoire »). La définition rigoureuse est venue de l'informatique théorique dans les années 1960, avec Martin-Löf : une suite est aléatoire si elle est incompressible, ce qui équivaut à être imprévisible et à résister aux tests statistiques.

Étienne Klein rappelle que le hasard ne s'oppose pas au déterminisme. Le dé, mot venu de l'arabe, suit une trajectoire parfaitement déterministe, mais trop complexe pour être calculée. La mécanique quantique est différente : Einstein y voyait le signe de variables cachées, mais l'article de John Bell et les expériences d'Alain Aspect ont exclu les variables cachées locales. C'est une « découverte philosophique négative » au sens de Merleau-Ponty, qui tranche le débat entre Einstein et Bohr, même si des variables non locales restent possibles. Klein évoque aussi la contingence des constantes physiques : si la constante de gravitation était légèrement différente, il n'y aurait pas de carbone, d'où le débat entre principe anthropique, dessein intelligent et multivers. Gouyon remarque que l'on prédit mieux un dé non pipé qu'un dé pipé dont on ignore tout. La génétique des populations prédit ainsi le sort des mutations neutres, alors que la contingence historique, par exemple l'apparition des oiseaux, échappe à toute expérience répétable. Selon lui, c'est ce qui rend Darwin insupportable à certains. Ameisen souligne que chacun de nous est le produit, rétrospectivement inévitable, d'une séquence improbable. Il pointe une contradiction chez les neuroscientifiques qui nient le libre arbitre tout en publiant librement, et appelle avec Martin Buber à ne pas confondre déterminisme et fatalité.

Klein corrige le contresens courant sur l'effet papillon : il ne dit pas qu'une petite cause produit de grands effets, mais que là où il y a mille causes, « il n'y a plus de cause ». Ameisen répond avec Lorenz et ses calculs à trois puis six décimales : le déterminisme n'implique pas la prédictibilité. Gauvrit ajoute qu'une seule règle simple, comme un robinet qui goutte, suffit à produire du chaos. Pour Klein, la part future du hasard dépend des questions que la science s'autorise à poser. Gouyon décrit la méiose comme un véritable tirage du Loto et s'inquiète des techniques qui veulent éliminer ce hasard, comme les tests génétiques d'embryons vendus en Californie. Ameisen distingue la prévention des catastrophes de la volonté totalitaire de maîtriser l'avenir, qui fut celle de l'eugénisme, et cite David Gross : la science efface l'ignorance d'hier et révèle celle de demain. Dans la rubrique finale, chacun présente un coup de cœur ou un coup de sang. Ameisen choisit Contes de la Lune de Frédérique Aït-Touati et le film Le Nom des gens, Gauvrit Le Trésor des paradoxes, et Klein Le Complexe d'Orphée de Jean-Claude Michéa. Gouyon dénonce un câble transatlantique à 300 millions de dollars destiné à faire gagner six millisecondes aux traders.

Excerpts

Pierre-Henri Gouyon sur le hasard dans l'évolution :

“quand on dit que les variations se font au hasard on veut dire qu'elles se forment indépendamment qu'il a dépendance entre la variation qui va se produire sous l'effet du mutation d'une recombinaison tout ce que vous voudrez et puis ce dont la sélection aurait en quelque sorte besoin pour que l'individu puisse réussir mieux”

Étienne Klein sur le hasard et le déterminisme :

“le hasard ne s'oppose pas au déterminisme le mot hasard vient de l'arabe qui signifie D le mouvement d'un D est parfaitement déterministe c'est si on connaît les conditions initiale la position du dé sa structure sa forme si on connaît le champ de force qu'il va subir durant sa trajectoire normalement on est capable de prédire sur quelle face il va tomber”

Jean-Claude Ameisen sur la séquence improbable du vivant :

“vous moi nous tous tous les arbres et tous les êtres vivants qui nous entourent sont par définition le produit rétrospectivement inévitable d'une séquence improbable et donc entre l'incapacité de prévoir au début et l'évidence du déterminisme qui a causé la présence il y a la question de savoir si au début c'est un problème d'ignorance”