Murr, Dimitri El & Sloterdijk, Peter
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Core ideas
Le dernier volet de la semaine sur Platon, après le Phèdre, le Théétète, le Banquet et le Protagoras, porte sur l'Apologie. Le passage sur la crainte de la mort, présentée comme une prétention à savoir ce qu'on ignore, conduit Dimitri El Murr à préciser la nature du savoir socratique. La formule « la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien » ne vient pas de Platon : elle ne figure que dans l'Alcibiade, qu'il juge inauthentique, et relève d'un Socrate hellénistique ou académicien. Le Socrate de Platon sait beaucoup de choses, sur l'amour ou l'amitié, et surtout il connaît le bon et le mauvais, ce qui fonde la seule vie digne, la vie philosophique. Il reconnaît pourtant ignorer le sort de l'âme après la mort : soit un sommeil sans rêve, soit un voyage où l'on continuera à converser, comme le Phédon finit par parler d'un « beau risque ». L'animateur relève un paradoxe : philosopher, c'est apprendre à mourir, mais il n'y a pas de meilleure manière de vivre que de philosopher jusqu'au dernier souffle, au nom de l'obéissance au dieu plutôt qu'aux Athéniens. El Murr radicalise la formule : la vie sans examen n'est pas seulement moins bonne, elle n'est pas vivable.
El Murr refuse la lecture d'un Socrate suicidaire qui provoquerait ses juges en demandant d'être nourri au Prytanée. Selon lui, Socrate ne peut parler autrement que sur le mode de l'interrogation, comme face à Calliclès dans le Gorgias, que Deleuze a commenté. Sa demande est un argument a fortiori : si l'on nourrit les vainqueurs olympiques qui procurent du plaisir, à plus forte raison celui qui prend soin des âmes. L'image du taon, ou de la torpille du Ménon, résume l'« électrochoc socratique », présent dans les deux voyages qui encadrent l'Apologie. Le premier est l'enquête lancée par l'oracle de Delphes auprès des politiques, des poètes et des artisans. Le second est l'Hadès, où Socrate compte bien interroger Achille. L'animateur rapproche l'idée qu'il vaut mieux subir l'injustice que la commettre, et qu'une condamnation déshonore surtout les juges, de figures postérieures, du Christ au Meursault de Camus. El Murr évoque la thèse, fausse mais stimulante, d'I. F. Stone, selon laquelle Socrate serait allé consciemment à la mort pour discréditer la démocratie, alors qu'il avait des liens avec les Trente. Il souligne que l'Apologie, qui refuse la rhétorique larmoyante des accusés, est pourtant un « petit bijou » de rhétorique judiciaire, construite selon les étapes conventionnelles du genre. D'autres Apologies existaient, de Xénophon à Lysias.
Selon El Murr, l'accusation de Mélétos, Anytos et Lycon (impiété, corruption de la jeunesse, rendre fort l'argument faible) s'explique surtout par la haine qu'a suscitée la pratique de la réfutation et par des disciples qui l'imitaient. Socrate refuse de se mêler des affaires publiques : qui veut combattre pour la justice doit rester un simple particulier. L'animateur y voit une contradiction avec le gouvernement des savants de la République. Pour El Murr, la formule du Gorgias, « je suis le seul homme politique d'Athènes », peut se lire dans les deux sens. Il juge la République profondément socratique, sauf sur un point : le traitement global, par classes, de l'ignorance des citoyens, alors que Socrate discute un à un. Il ajoute que le Socrate historique est perdu à jamais et que chaque école antique a construit le sien. Sur la nature humaine, il renvoie au « bipède sans plumes » du Politique (que Diogène raillait avec un poulet plumé), qu'il prend au sérieux : la politique doit partir de l'animalité pour construire artificiellement une nature apte à la vie commune, en tournant l'homme vers l'intelligence, ce qu'il y a en lui de divin. L'émission se clôt sur la prophétie de Socrate à ses juges : d'autres leur demanderont des comptes. Dans le journal, Peter Sloterdijk conclut sa série d'entretiens en proposant le terme de « communité » au-delà de la solidarité. Pour lui, l'humanité doit désormais apprendre à coexister avec la totalité des autres, un effort qui dépasse même les monothéismes universalistes.
Excerpts
Dimitri El Murr sur la vie sans examen :
“ce n'est pas que c'est la vie la meilleure c'est que c'est la seule vie possible c'est nettement plus radical dit autrement la vie sans examen c'est-à-dire la vie sans philosophie n'est pas vivable c'est une phrase qui en tout cas pour le platonicien que je suis moins résonne toujours très fort à mes oreilles”
Dimitri El Murr sur le Socrate « qui ne sait rien » :
“le socrate qui dit que la seule chose qui sait qu'il ne sait rien c'est un socrate construit c'est un socrate hellénistique aux académiciens c'est pas le socrate de platon platon le socrate de platon il s'est énormément de choses il sait des choses sur l'amour [...] l'amitié”
Dimitri El Murr sur les figures de Socrate :
“le socrate de l'histoire il est perdu à jamais et on n'a que des figures de socrate et c'est ça qui rend satie intéressant socrates c'est l'histoire de la philosophie chaque doctrine de l'antiquité chaque école d'antiquités net socrates [...] ils ont chacun leur socrates”