Hadot, Pierre & Worms, Frédéric & Hoffmann, Philippe & Darmon, Jean-Charles & Balaudé, Jean-François & Chase, Michael
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne (noms propres souvent déformés, restitués d'après le contexte).
Core ideas
La rencontre présente un volume issu d'une journée de juin 2007 consacrée à Pierre Hadot, qui s'ouvre sur un entretien avec Arnold Davidson. Frédéric Worms en résume l'ambition : montrer que l'intuition de la philosophie comme manière de vivre prend sa source dans l'Antiquité sans s'y enfermer, et suivre ses échos chez Montaigne, Rousseau, Goethe, Wittgenstein et jusqu'à l'« antiphilosophie ». Philippe Hoffmann y voit un « décentrement fécond » pour le philologue. Il distingue chez Hadot la vie philosophique de la concaténation des discours, et un « conditionnement réciproque » de la vie et du discours. Il dégage trois principes de méthode : une lecture scientifique fondée sur l'édition critique ; une interprétation attentive à l'effet que le texte, pris dans une relation pédagogique, veut produire sur l'âme du destinataire, ce qui appellerait un lien plus fort avec l'histoire de la rhétorique ; et l'idée d'une rationalité non systématique. Il écarte trois malentendus : Hadot ne réduit pas la philosophie à l'éthique, puisque la theoria elle-même est une vie ; son œuvre de philologue (Porphyre, Victorinus, la triade être-vie-pensée) et sa réflexion sur la philosophie antique forment une continuité ; et il ne s'agit pas d'une restauration naïve de l'Antiquité, même si le cas de Marc Aurèle pose la question d'une sagesse offerte aux contemporains. Hadot approuve l'importance de la rhétorique, mise au service de la philosophie depuis les Grecs et chez Cicéron. Il critique l'idée nietzschéenne d'une infinité d'interprétations, qui a selon lui autorisé à dire « n'importe quoi à propos de n'importe quoi ».
Jean-Charles Darmon rapproche de la théorie littéraire post-structuraliste et de l'ethical theory (Martha Nussbaum, Jacques Bouveresse) l'appel de Hadot à réapprendre à lire et à « laisser les textes nous parler », qu'il compare au « lever les yeux de son livre » d'Yves Bonnefoy. Il pose trois questions. Lire ou écrire un texte littéraire est-il un exercice spirituel ? Les moralistes de Montaigne à Saint-Évremond n'ont-ils pas pris en charge, contre la philosophie, cet exercice de soi, en détournant par exemple la diversion lucrétienne ? Et que serait un exercice « sans sagesse » ? Hadot répond que l'exercice est par définition sans sagesse : comme chez Platon et les stoïciens, le sage n'existe pas et l'on ne fait que tendre vers lui. Frédéric Worms rappelle que l'exercice spirituel n'est réservé ni à l'éthique ni à l'Antiquité tardive : il y a une physique et une logique vécues, et la vraie coupure est le Moyen Âge, qui sépare exercices religieux et savoir scolaire. Pour lui, la « vie » n'est pas une métaphore ; la philosophie répond à une polarité entre souffrance et bien-être et se fait thérapie. Il confronte Hadot à Jean Wahl, dont l'article de 1942, « La poésie comme exercice spirituel », lui avait inspiré la notion, et au dernier cours de Foucault (1982), pour qui la vie, objet d'une technique chez les Grecs, devient sujet d'expérience chez les modernes. Hadot évoque sa thèse inachevée sur Rilke et Heidegger, née d'un article de Gabriel Marcel, et distingue la vie du savant, la vie quotidienne non examinée, traversée d'« éclairs de philosophie », et la vie du philosophe.
Dans la discussion, un auditeur distingue manière, mode, style et forme de vie et objecte qu'Aristote, avec son bonheur de connaître, résiste à la thèse. Hadot répond que la vie contemplative est un mode de vie et que des aristotéliciens ont maintenu l'exercice spirituel au Moyen Âge. Jean-François Balaudé explique que la thèse de Hadot donne la priorité à la praxis, liée à un minimum de pensée interrogative, et qu'Aristote combine l'idéal théorétique, reconnu comme impossible à vivre exclusivement, avec la phronesis. Philippe Hoffmann rappelle la perte du Protreptique et la liste d'exercices de Philon d'Alexandrie, qui inclut la recherche (zetesis). Michael Chase souligne l'idée stoïcienne que ce sont nos représentations qui nous font souffrir, la rapproche de la mindfulness de Jon Kabat-Zinn et demande des critères de bonne interprétation. Hadot cite E. D. Hirsch, et Hoffmann défend une philologie qui circonscrit l'éventail des lectures possibles, sur le modèle de la collection Plotin au Cerf lancée par Hadot. Hadot conclut que l'amitié est aussi un aspect concret de la philosophie.
Excerpts
Pierre Hadot cité par Jean-Charles Darmon sur l'art de lire :
“Nous passons notre vie à lire, écrit Pierre Ado, mais nous ne savons plus lire, c'est-à-dire nous arrêter, nous libérer, revenir à nous-même, laisser de côté nos recherches de subtilité et d'originalité, méditer calmement, ruminer, laisser les textes nous parler.”
Pierre Hadot sur l'exercice sans sagesse :
“à mon avis la définition même de l'exercice c'est qu'il soit sans sagesse parce que au fond tout est là. C'est le l'opposition de Platon entre le philosophe qui n'est pas sage et [...] mais qui peut euh aller euh toujours mais vers la sagesse mais sans la rejoindre. C'est une courbe assotte au fond”
Frédéric Worms sur la philosophie comme thérapie :
“la philosophie est ici fondamentalement thérapie. Elle est elle est elle est prise en compte de cette polarité vitale du pathologique et de et et de ce qui s'y oppose qui qui traverse encore une fois toutes les dimensions de notre existence et qui n'est pas réservé à notre corps comme organisme qui peut être malade.”