Merker, Anne & Moscovici, David
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Core ideas
Le dernier volet de la semaine sur Aristote, après le caractère, Dieu, la physique et la politique, porte sur l'Éthique à Nicomaque. Anne Merker part du désir, qu'elle tient presque pour une faculté métaphysique puisqu'il a rapport à l'absence. Chez Platon, tout ce qui est à notre portée est en devenir, et seul l'en-soi intelligible pourrait satisfaire le désir, ce qui fait de la vie humaine une « habitation atopique » du monde. Aristote, lui, ménage une satisfaction possible dans le monde. Le début de l'Éthique pose qu'il doit exister un bien ultime, faute de quoi le désir serait vain : la nature ne fait rien en vain. Merker préfère « bien ultime » à « souverain bien », trop majestueux. Ce bien, accessible dans le temps de la vie, arrête la poursuite du désir, comme il faut en métaphysique « s'arrêter » à des principes. Le désir n'est pas condamné a priori. Aristote l'aborde de façon presque zoologique, comme faculté motrice propre à l'animal. Mais tout mouvement peut s'égarer, et le plaisir, « bien apparent », peut aussi devenir trompeur. Merker, qui lit Aristote dans la continuité de Platon, oppose la nostalgie platonicienne, illustrée par un passage d'Aurélien, à une écriture aristotélicienne sans passion, fascinante par ses concepts.
La prudence (phronesis) n'est pas un jugement au cas par cas : elle met en perspective toutes les actions partielles d'une vie en direction du bien vivre, le bonheur, qui est l'accomplissement des potentialités humaines. Si l'être humain se définit par l'intellect, la vie la plus propre est la vie contemplative, et sa vertu, la sophia. Merker rappelle que l'arétè signifie « excellence ». L'assassin compétent n'est pas vertueux mais seulement habile, parce que l'excellence pratique ne se sépare pas de la qualité de la fin. Le meurtre ou le vol n'est pas d'abord mauvais par préjugé moral : c'est une mauvaise fin au regard de la constitution humaine, entraînée par la pléonexie, ce désir d'avoir toujours plus qui recule sans cesse la limite de la satisfaction.
Sur le courage, Merker conteste l'usage relâché du mot proposé par l'animateur. Au livre III, il est la première des vertus éthiques et affronte la condition mortelle elle-même. Le courageux ne nie pas que la mort soit effrayante, mais il se soustrait à son action parce que la raison déclare qu'il est beau (kalon) de l'affronter, en vertu de ce qu'il y a de divin dans l'homme. La prudence en est le versant humain. Merker distingue les vertus éthiques, qualités du désir dans sa relation à la raison (l'ethos est la partie non rationnelle capable de suivre la raison), et la prudence, vertu intellectuelle de la raison dans sa relation au désir. Le bien ultime n'est pas une norme surplombante. C'est l'homme prudent qui sert de mesure, comme l'a montré Pierre Aubenque, en déterminant la juste mesure propre à chaque personne et à chaque circonstance. Il n'y a chez Aristote aucun ascétisme : ne prendre aucun plaisir est un défaut. Mais l'excès existe, parce que la nature humaine ne se réduit pas à l'appétit et que l'intellect doit pouvoir s'exercer. Dans le journal, David Moscovici présente 1942, convoi numéro 8, qui réunit deux témoignages écrits dès 1945 par d'anciens déportés de Birkenau, le docteur André Lettich (une thèse de médecine) et son grand-oncle Lazare Moscovici (une conférence destinée à son village).
Excerpts
Anne Merker sur le bien ultime et la nature :
“il doit exister un bien qui est bien en soi et par soi et qui est une fin qui est une fin ultime et cette fin ultime précisément c'est celle qui arrête le cheminement du désir alors aristote nous dit ça doit exister sinon le désir serait vain donc j'aime beaucoup cette petite phrase qui paraît un peu innocente [...] mais qui présuppose toute une conception de la nature à savoir que la nature ne fait rien en vain”
Anne Merker sur la prudence :
“la prudence est en fait la capacité à mettre en perspective la totalité des actions qui constituent la vie humaine en direction du point de fuite qui est l'accomplissement total de sept vies humaines et que aristo de va appeler le bien vivre où le bonheur”
Anne Merker sur le courage :
“le courage c'est encore plus que cela c'est la capacité à affronter sa propre condition mortelle et à s'élever au dessus d'elle sans la supprimer c'est impossible donc il ya à la fois cette idée que le courageux l'homme courageux puisque évidemment c'est un homme l'homme courageux et sans peur ils n'éprouvent pas la peur mais ils n'éprouvent pas la peur devant quelque chose qui est effrayant”