MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Hopliteia/Wismann, Heinz

Wismann, Heinz

philosophe et helléniste, fondateur de la collection « Passages » aux éditions du Cerf, auteur de Penser entre les langues et des Avatars du vide

Physique et philosophie : quels liens ?

Hopliteia · Apr 3, 2015 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français avec peu de ponctuation, avec de nombreuses erreurs de reconnaissance, notamment sur Démocrite, Higgs et les noms propres)

Core ideas

Science et philosophie. Klein ouvre avec un hommage à Alexandre Grothendieck (mort le 13 novembre 2014 à 86 ans) et la phrase de Gromov sur sa manière de penser, puis pose deux « lois » : le mépris de certains penseurs pour la science ne favorise pas la pensée, et la possession de connaissances scientifiques n'est pas une défense contre la mauvaise philosophie. Pour Wismann, « la science est la fille légitime de la philosophie » : elle est née quand des Grecs ont tourné le dos à l'autorité de la tradition ; un vrai scientifique ne se repose jamais sur la tradition, ce qui est un geste philosophique. La phrase de Heidegger « la science ne pense pas » reposait sur une conception de la pensée comme renonciation à toute représentation, qu'il juge absurde de valoriser contre l'effort scientifique pour saisir le réel.

Le vide et Démocrite. Frappé par le boson de Higgs, Wismann rappelle que le vide des physiciens « n'est pas vide, il est plein de choses ». Il reconstruit Démocrite, dont l'« atome » (atomos) est selon lui à l'origine une idée d'indivisibilité, au féminin, et non un petit corps : des trajectoires d'énergie bidimensionnelles qui se propagent avec un certain rythme dans un « grand vide » en expansion, comme des lettres de l'alphabet qui font les tragédies (« on doit pouvoir faire des mondes innombrables avec les atomes »). Aristote en a donné une version biaisée (corpuscules insécables), reprise par Épicure, Lucrèce, Marx, d'où des siècles de malentendus sur un « matérialisme » qui était un idéalisme au sens supérieur du terme. La science est un mouvement asymptotique : il ne faut pas rêver de théorie du tout, mais continuer, car le fond est un « fond sans fond », et le fait que la masse vienne du vide est un résultat philosophiquement important. Démocrite a aussi dit : « nous sommes à l'écart du réel ».

Traduire la science. Wismann insiste sur la nécessité de traduire la science dans la langue commune, pour que la société ne verse dans le ressentiment, voire la défiance, à l'égard des scientifiques : c'est un travail politique, qui demande des qualités de poète. La connotation et la métaphore (le champ de Higgs comme champ de neige et les particules comme skis bien ou mal fartés) aident mais doivent être accompagnées d'une autocritique, la poésie étant précisément un travail critique sur la métaphore. Il conclut sur l'Europe : le geste européen est de séparer (krinein) et d'écarter l'autorité de la tradition pour aller plus loin ; « la science c'est l'âme de l'Europe », et le CERN en est un exemple.

Excerpts

“« la science et la fille légitime de la philosophie »”

“« le vide des physiciens n'est pas vide il est plein de choses »”

“« la science c'est l'âme de l'europe »”