Rovelli, Carlo
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Core ideas
Après une chronique astronomique sur une galaxie peut-être située à z ≈ 10, qu'il juge relever plus de la prouesse technoscientifique que d'un progrès de compréhension, l'animateur présente Carlo Rovelli. Celui-ci explique qu'en parlant d'Anaximandre il veut éclairer des aspects de la pensée scientifique négligés par la philosophie des sciences, et que ce personnage a été méconnu parce que ses commentateurs étaient surtout des philosophes sans culture scientifique. Presque toutes les civilisations se représentent le monde avec la terre en bas et le ciel en haut, de la Bible aux éléphants et à la tortue indiens et à la déesse Nout égyptienne. À Milet, cité commerçante d'Asie mineure en contact avec l'Égypte et Babylone, au VIIe-VIe siècle avant notre ère, avant Pythagore et Parménide, Anaximandre comprend que la Terre est un corps fini qui flotte dans l'espace, avec du ciel tout autour. L'astronomie babylonienne accumulait depuis des siècles des observations précises, mais toujours rapportées à la volonté des dieux, comme la Théogonie d'Hésiode raconte le monde par la généalogie divine. Anaximandre écrit le premier traité en prose, Sur la nature (Peri phuseôs), qui contient une cosmogonie, une cosmologie, une météorologie, une biologie et la première carte du monde.
L'observation qui conduit à cette idée est simple : les étoiles qui disparaissent d'un côté et réapparaissent de l'autre doivent passer dessous. Pourtant ni les Égyptiens, ni les Babyloniens, ni les Mayas, ni les Chinois, malgré leur astronomie impériale, ne l'ont compris avant l'arrivée des jésuites. L'obstacle est conceptuel : pourquoi la Terre ne tombe-t-elle pas ? Anaximandre répond qu'elle n'a aucune raison de tomber dans une direction plutôt qu'une autre, réponse qu'Aristote qualifie d'ingénieuse. Il redéfinit ainsi « haut » et « bas » : les choses tombent vers la Terre. Rovelli juge que le passage d'une Terre cylindrique à une Terre sphérique, que l'on doit ensuite aux pythagoriciens, n'est qu'un raffinement, alors que le saut d'Anaximandre est immense. Il rappelle que le Moyen Âge n'a jamais cru la Terre plate. Anaximandre explique aussi la pluie par l'évaporation et le tonnerre par le vent, sans Zeus, et se trompe sur les séismes. Il propose même une idée d'évolution, selon laquelle les hommes descendraient d'animaux aquatiques. Il invente ainsi l'explication naturaliste du monde.
Le cœur méthodologique est ailleurs. Anaximandre suit son maître Thalès (tout vient d'une substance, la Terre flotte) mais affirme que Thalès se trompe : c'est l'apeiron, et la Terre ne flotte pas sur l'eau. Cette « troisième voie », entre la fidélité d'un saint Paul ou d'un disciple de Confucius à son maître et le rejet en bloc, définit selon Rovelli la science. C'est un savoir cumulatif, toujours prêt à tout remettre en cause, d'Einstein face à Newton jusqu'aux articles de chaque jour, dont la force vient de l'absence de certitude et non de certitudes accumulées. Rovelli note la tension inévitable avec une pensée religieuse fondée sur ce qu'on ne discute pas, illustrée par Les Nuées d'Aristophane puis par le procès de Socrate, et il s'inquiète du retour actuel des religions dogmatiques. Il relie cette révolution à son propre travail en gravité quantique, où il faut repenser l'espace et le temps comme Einstein a repensé l'espace courbe. La science est une reconceptualisation sans cesse recommencée du monde, et non une simple machine à prédictions. En réponse aux questions, il rappelle que l'espace comme contenant est une idée des atomistes, quand Aristote et Descartes pensaient en termes de relations. Il reconnaît qu'Anaximandre ne faisait ni mathématiques, ni prédictions, ni expériences, et que l'absence de prédictions est aussi la faiblesse de la physique théorique actuelle. De son livre ne subsistent que quatre lignes. Il attribue enfin, avec Jean-Pierre Vernant, la naissance de cette pensée à la structure politique des cités grecques, non centralisées et habituées à débattre, nourries du savoir accumulé de l'Égypte et de Babylone.
Excerpts
Carlo Rovelli sur l'idée d'Anaximandre :
“quelle est l'idée ingénieuse de anaximandre quelle est cette idée que ristote le considère important [...] c'est que la terre ne tombe pas parce que la cour raison de tomber vers quelle direction particulière c'est à dire les choses ne tombe pas du haut en bas mais les choses tournent vers la terre”
Carlo Rovelli sur la science comme savoir critique :
“la science est fait comme ça c'est de savoir cumulatif c'est pas vrai que la séance se recommence à zéro c'est absurde cette idée c'est pas vrai qu'on invente une théorie du rien [...] mais en même temps on remet un discussions toujours on est toujours prêts à remettre en discussion tout de se voir précédente”
Carlo Rovelli sur l'absence de certitude :
“le coeur de la science la force qui porte la science ce n'est pas les certitudes de cumuler au contraire c'est la manque de certitudes c'est l'absence de certitude c'est à dire c'est l'attitude mentale pour laquelle on reconnaît sa propre ignorance on reconnaît que le savoir dans lequel nous sont immergés peut être faux”