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Devésa, Jean-Michel

romancier, universitaire, auteur de Cadavérée

Jean-Michel Devésa - Cadavérée

Librairie Mollat · Sep 8, 2026 · partial coverage

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Coverage note: partial — transcript disponible correspond à un extrait court de l'entretien (environ 5000 caractères)

Core ideas

Devésa présente ses personnages, notamment Salomon Spavanto et Jean-Marie Dupré, à travers une méditation sur la perception et l'aveuglement : les humains, selon lui, sont condamnés non seulement au « midi de la langue » (l'impossibilité de tout dire) mais aussi à un « non-voir » — percevoir sans voir, voir sans regarder. Salomon, atteint d'une maladie honteuse à l'époque du roman (situé dans les années 1990), cache sa condition à sa société ; Jean-Marie Dupré, qui croit avoir trouvé en lui le « grand frère » capable de mener la révolution qu'il n'a pu accomplir avec son propre peuple, fait totalement confiance à son ami sans s'interroger sur lui, dans un aveuglement que Devésa juge non pas ridicule mais préférable — il vaut mieux, selon lui, être aveugle pour « marcher sur le fil qui conduit aux autres ».

Il développe une réflexion sur le rôle historique des grandes épidémies (peste, choléra, cancer, sida, Covid) comme révélatrices à la fois de la finitude humaine partagée par tous les vivants et des mots sociaux qui hiérarchisent et flétrissent certains malades plutôt que d'autres — une dimension que son personnage Jean-Marie Dupré, non malade lui-même, ne parvient pas à saisir pour son ami Salomon. Il décrit Jean-Marie Dupré comme un « homme ancien » à la manière de Pasolini, façonné par la culture classique et le contact avec la terre, dérouté par un monde produit par la violence et la nécessité de consommation — homme d'action plutôt que de discours, qui « met les mains dans le cambouis » (ou, dans sa formulation plus crue, « dans la merde ») contrairement à ceux qui savent et donnent des leçons sans jamais agir ; il le rapproche de Sartre, tout en soulignant que Dupré, à la différence du philosophe pendant la Résistance, s'engage réellement et peut donc se tromper.

Il précise que Cadavérée n'est pas un roman à thèse mais une tentative romanesque de saisir une situation que les sciences sociales et la politique échouent souvent à analyser, surdéterminées selon lui par l'idéologie et une dimension religieuse latente du rapport au politique — l'idée que seule l'Histoire, sur cinquante ou cent ans, tranchera qui avait raison, indépendamment de toute justice ou morale. Il défend la littérature comme offrant deux fonctions : sublimer l'impuissance des acteurs de l'Histoire qui la traversent sans pouvoir la changer, et, pour quelques grands livres, faire ressentir au lecteur l'aphorisme du « il faut tout changer pour que rien ne change » — situation dans laquelle, selon lui, la société contemporaine se trouve depuis au moins cinquante ans, y compris sur les questions climatiques.

Il explique enfin l'origine du titre : le néologisme « cadavéré », absent du dictionnaire de l'Académie française, provient du refrain d'une chanson pacifiste et antimilitariste malienne intitulée Ancien combattant, créée en 1969 par Idrissa Soumaoro, diffusée clandestinement en Guinée et en Côte d'Ivoire, puis reprise avec succès en Europe en 1984 par le chanteur congolais Zao sous la houlette d'Eddie Barclay. Ce terme lui sert à désigner le destin commun de tous les humains, malades ou non, qui « seront un jour cadavérés ».

Excerpts

Sur l'aveuglement préférable à la lucidité paralysante :

“« Je suis enclin à penser qu'il vaut mieux être aveugle pour marcher sur le fil qui conduit aux autres. »”

Sur le rôle révélateur des grandes épidémies :

“« Les grandes maladies, les grandes épidémies depuis toujours ont été révélatrices d'au moins deux choses : des mots et de la finitude qui arrache les humains [...] et les mots sociaux qui font que les humains sont éreintés. La peste, le choléra, le cancer, le sida, la Covid dernièrement sont de grands révélateurs de cela. »”

Sur la fonction de la littérature face à l'impuissance historique :

“« La littérature permet peut-être deux choses. D'abord aux acteurs impuissants de l'histoire de la traverser, parce que la littérature sublime notre impuissance [...] et pour quelques grands livres, elle permet de faire sentir au lecteur qu'il faut tout changer pour que rien ne change. »”