Le Tellier, Hervé
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ trente-cinq minutes ; sous-titres YouTube manuels en français, fidèles et ponctués, avec beaucoup de « euh » conservés)
Core ideas
Entrer à l'Oulipo. Le Tellier raconte être entré en 1992 (coopté en novembre, avec Oskar Pastior), après avoir publié Sonate de bar (nouvelles de 2000 signes exactement) et Le Voleur de nostalgie chez Paul Fournel, qui l'avait invité en 91. Il croyait le groupe éteint ; il l'a trouvé actif et réuni tous les mois, avec des gens (Caradec, Jacques Bens) qui jouaient comme lui avec la langue. Il est resté trente-trois ans membre, sept ans président après Fournel, Noël Arnaud et François Le Lionnais. L'Oulipo n'est ni un mouvement, ni une école (beaucoup d'oulipiens écrivent autrement), ni une avant-garde : il a une vision cyclique et mondiale de la littérature, où le formalisme est une constante (les Grecs apprenaient l'Iliade et l'Odyssée, formes fixes). Sa vocation est double : recenser les contraintes existantes et en inventer de nouvelles (le « beau présent » de Perec), et faire vivre les formes qui disparaissent et reviennent, comme le sonnet oublié au XVIIIᵉ siècle puis relancé par Verlaine, Baudelaire, Rimbaud.
Ce que l'Oulipo apporte, et trois rapports à la contrainte. Il y a gagné de l'énergie, de l'émulation et l'idée de diversité formelle, et cite La Disparition, La Vie mode d'emploi, Si par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino et les Exercices de style de Queneau. Il décrit trois situations : la contrainte qui fait tout naître (en ce moment, des villanelles) ; la contrainte appliquée à un projet en cours (dans Assez parlé d'amour, la structure d'un jeu de dominos, dont un domino non prévu, le 3-6, qui fait rencontrer deux femmes et crée un chapitre essentiel) ; le livre sans contrainte (Toutes les familles heureuses, dix-huit chapitres). Dans L'Anomalie, la contrainte fut incroyablement créatrice.
Un groupe-famille. Premier coopté après la mort de Perec et de Calvino, il n'a connu ni Queneau, ni Perec, ni Calvino, qui restent pourtant « très vivants » (« Georges aurait beaucoup aimé »). Le groupe a un langage commun, des clins d'œil, et un critère de cooptation formulé par Paul Fournel : il faut être « charmant », car on se voit au moins une fois par mois ; l'ego doit rester modeste face à des figures mondiales, et le groupe sert de garde-fou face au succès : il a titré « Hervé Le Tellier est victime du Goncourt ». Il aide aussi dans les années d'insuccès, face à des critiques qui craignent « qu'il faille des allumettes » pour lire un livre oulipien (Éric Chevillard, selon lui). Son passage aux Papous dans la tête (France Culture) lui a appris le travail collectif, une voix de radio personnelle, et l'acceptation de la « poubelle » : on peut faire un très mauvais poème en dix minutes. Trois nouveaux membres (Louise Rose, Grégoire Marie, Samuel D.) assurent une continuité sur le temps long. Il annonce un livre sur les jardins parisiens (texte, musique de Sylvain Moser, peintures d'Alexandre de Broca, chez Gallimard) et un documentaire tiré de son livre sur le jeune résistant André Chérix, avec Charles Berling.
Excerpts
“« il y a pas de disparition des formes, il y a une sorte de de d'extinction momentanée et puis de de de résurgence »”
“« Pour être à l'Oulipo, il faut être charmant. »”
“« le terrible et effrayant et destructeur esprit de sérieux »”