Kelen, Jacqueline
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Core ideas
Mélusine, une légende du couple qui se joue sur fond de ciel. Kelen présente la légende médiévale (mise par écrit à la fin du XIVe siècle par Jean d'Arras et Coudrette) comme l'un des rares mythes centrés sur une relation conjugale, qui rappelle une alliance entre le divin et l'humain. L'amour y est la grande épreuve, dont on ne sort pas indemne : une « fin amor » où l'amour n'est ni faiblesse ni péché, mais éveil à des réalités supérieures. Le chevalier Raymondin, désespéré d'avoir causé la mort de son oncle, est arrêté dans la forêt par une femme qui lui propose de l'épouser, à une seule condition : un jour par semaine (le samedi), ne pas chercher à la voir. « Au cœur du tragique peut surgir le magique. » Mélusine, « femme merveilleuse », figure la plus belle part de chacun, son âme ou moi supérieur, qui a besoin de s'incarner.
La liberté de l'autre, le serment, la trahison. La condition signifie laisser l'autre libre : le couple n'est ni une globalisation ni une possession, et la femme conserve un « droit à l'étrangeté ». Le serment est lié au sacrement. Vingt ans plus tard, poussé par la jalousie et le comte de Forez, Raymondin perce la paroi et voit Mélusine nue dans son bain, la queue de serpente ; il rompt son serment, la traite d'horrible serpente et la perd. Elle ne l'accable pas : son amour est irrévocable, alors que Raymondin dit « elle m'aimait… et moi je l'aimais autant que moi ». Le jaloux espionne et veut capturer ; il faut « veiller » sur un amour, en sentir le prix. Kelen explique que la fée, messagère de l'invisible comme l'ange, n'est ni séductrice ni servante (le mot hébreu pour « aide » d'Ève désigne un secours supérieur) et représente la souveraineté, non le pouvoir.
Aimer grandement, rien de tiède. Elle regrette que l'on ait fait de l'amour une « compensation » alors qu'il est une quête, et que beaucoup renoncent à une grande histoire par peur de la souffrance : c'est le propre d'une société d'arrogance où l'individu croit tout contrôler. Pour vivre une grande histoire d'amour, il faut être grand en amour, aimer sans rien réclamer. Il n'y a pas de moyen terme : foi totale ou rien, comme avec la foi religieuse. L'amour est une force spirituelle fulgurante qui peut rendre libre, appelant chacun, même si peu sont élus ; il faut saisir, toutes affaires cessantes, la grâce lorsqu'elle se présente.
Excerpts
“« Au cœur du tragique peut surgir le magique. »”
“« il n'y a pas de négociation avec l'amour »”
“« nous avons fait de l'amour une compensation, alors qu'en fait, il est une quête »”