Salas, Denis
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Core ideas
Les Justes : limiter la violence. À partir de la scène de l'acte II (Kaliayev qui ne lance pas la bombe en voyant les enfants), les invités lisent la pièce comme l'affirmation que « tout n'est pas permis » : la violence est toujours illégitime et pourtant parfois inévitable, d'où la nécessité de lui poser des limites et de choisir ses cibles, comme dans Deux combats clandestins (la milice, non les nourrissons). Ils opposent Stepan, terroriste dur qui ne voit dans la cible qu'une abstraction et méprise les poètes, à Kaliayev, poète et créateur qui « réhumanise » la cible, et à Dora, qui l'accompagne jusqu'à la mort ; ils relient cela à L'Homme révolté (le « non absolu » comme le « oui absolu » mènent au meurtre ; la pensée de midi) et à la pensée de la « mesure » face à l'absolu idéologique ou religieux.
L'État, la bureaucratie et la peine de mort. Les invités rapprochent l'extrait de L'État de siège (la Peste, qui « fonctionne » avec sa secrétaire) des Réflexions sur la guillotine (peine de mort : vengeance, sans exemplarité) pour montrer la critique camusienne de l'État total et de la violence bureaucratique. Salas y voit une intuition de la « banalité du mal » (Arendt, procès Eichmann, procès Papon, Pucheu) : le criminel de bureau est responsable, et la justice doit rendre à la victime son visage. Guérin souligne la sensibilité libertaire de Camus, qui n'est jamais devenue un projet politique.
L'Algérie : refuser la logique du pire. À partir de la déclaration de 1958 sur la torture et le terrorisme (« il vaut mieux souffrir certaine injustice que les commettre »), les invités expliquent que Camus condamne ensemble le terrorisme du FLN et la torture de l'armée française, deux « engrenages » qui détruisent le vivre-ensemble, et prévoit qu'ils conduiront à l'abandon de l'Algérie ; pour lui « les crimes ne s'équilibrent pas, ils s'additionnent ». Ils discutent le reproche d'indécision politique (Jean Daniel jugeait l'indépendance inéluctable) et défendent l'idée d'un intellectuel qui dit aux deux camps ce qu'ils ne veulent pas entendre, avec la dernière Lettre à un ami allemand (choisir un héroïsme du vivre-ensemble). Dans le « journal », David Camus évoque son grand-père comme un homme méfiant envers les idéologies, qui jugeait les politiques « ratés du bonheur », et critique le projet de transfert au Panthéon.
Excerpts
“« il faut poser des limites à cette violence »”
“« il vaut mieux souffrir certaine injustice que les commettre »”
“« pour camus les crimes ne s'équilibre pas ils s'additionnent »”