Malherbe, Michel & Polin, Raymond & Tricaud, François
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Core ideas
François Tricaud situe Hobbes, né en 1588, l'année de l'Armada, et mort en 1679, dans la génération de Descartes et de Galilée qu'il a rencontrés. Il veut rendre l'homme maître de la nature humaine et des sociétés indociles. Michel Malherbe raconte l'origine modeste de Hobbes, son entrée à vingt ans au service des Cavendish comme précepteur, page et homme de confiance, son exil à Paris de 1640 à 1651 à la manière de Montaigne en quête de tranquillité, et son retour sous Cromwell. Tricaud explique que Hobbes, partisan de la monarchie absolue dans les Éléments du droit, le De Cive et le Léviathan, ne pouvait plaire à aucun camp. Le Parlement rejetait l'absolutisme, les royalistes rejetaient un pouvoir fondé sur le consentement des sujets plutôt que sur le droit divin. Charles II lui interdira de publier sur la religion, la morale et la politique, et l'on ira jusqu'à imputer l'incendie de Londres de 1666 à son athéisme supposé.
Malherbe voit en Hobbes un penseur à la charnière de la Renaissance et du monde moderne. Quand la physique devient mathématique, il refuse le partage entre nature et histoire : tout est matière, sauf la raison, puissance d'artifice capable d'engendrer un monde politique. Raymond Polin, qui veut corriger « l'horrible Monsieur Hobbes » du XVIIIe siècle, décrit un mécanisme de l'homme animé par le mouvement vital et deux passions, la crainte de mourir et la gloire. Dans l'état de nature, des individus nominalistes s'affrontent en calculant, et la raison rend la guerre pire. Tricaud insiste sur l'égalité dans le pouvoir de tuer, qui oblige à négocier. Il raconte qu'en lisant sa traduction pendant la guerre d'Algérie, Raymond Aron y vit l'argument qu'il opposait à ses amis politiques. Il montre que les lois de nature (chercher la paix, renoncer au droit illimité, tenir ses promesses) dessinent d'abord une coexistence individualiste. L'État n'intervient qu'ensuite, comme gendarme des promesses, par un pacte social.
Polin décrit le souverain comme arbitre et garant d'un état de droit, dont la toute-puissance permet d'être raisonnable. La république est un Commonwealth, une richesse commune, et le citoyen garde un droit inaliénable de défendre sa vie, dont dérive le droit de ne pas s'accuser soi-même. Tricaud distingue pouvoir absolu et totalitarisme, puisque la fin reste la sécurité de la sphère privée, et rapproche Hobbes de Locke : des moyens opposés pour une même fin. Il commente le frontispice du Léviathan, souverain fait de petits corps humains, qui a pu nourrir le contresens. Il voit en Hobbes un père fondateur de l'individualisme et des droits de l'homme, mais aussi de sociétés froides. Selon lui, Hobbes a pensé une « généalogie de la justice » où l'égalité des forces devient égalité des droits par la négociation. Malherbe conclut sur la fragilité de ce rationalisme : l'ordre politique n'existe que s'il est parfait, et le philosophe n'est plus que le conseiller du prince.
Excerpts
Michel Malherbe sur le monde unique de Hobbes :
“Hobbes dit il n'y a qu'un seul monde. Et ce monde est naturel, il est matière. [...] Hobbes dit tout est matière, donc l'homme appartient au monde naturel, au monde de la nature, sauf par une chose, par sa raison. Non pas que la raison humaine découvre un ordre éternel de valeurs, un ordre éternel du bien, mais la raison est une puissance, c'est une puissance d'artifice.”
François Tricaud sur l'égalité dans le pouvoir de tuer :
“Finalement tout le monde peut tuer tout le monde et en cela consiste l'égalité des hommes. Elle est négative en somme. Elle est c'est une égalité dans le pouvoir de meurtre. Il faut se représenter des hommes affrontés les uns aux autres dont aucun ne peut espérer avec de bonnes chances de succès dominer durablement les autres. C'est ce qui les amènera justement à négocier et à se reconnaître des droits.”
François Tricaud en conclusion :
“Je crois que le prophétique est supérieur au politique. Je crois d'autre part que Hobbes n'a rien compris au prophétique. Mais je crois que si on veut faire de la politique, il serait dangereux de ne rien comprendre à Hobbes.”