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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Jarrety, Michel

Jarrety, Michel

professeur de littérature française à la Sorbonne, orthographe restituée à partir de « michel jarre tille » ; auteur d'une conférence sur le scepticisme de Cioran et de La Critique littéraire en France

Emil Cioran (2/4) : Sceptique de naissance

Rien ne veut rien dire · Dec 22, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance sur plusieurs mots)

Core ideas

Un scepticisme organique, non méthodique. Jarrety part de la tension entre le ton péremptoire de Cioran (« rien ne m'arrache de l'esprit que le monde est le fruit d'un mauvais démiurge ») et le qualificatif de sceptique qu'il se donne lui-même. Dans « Une étrange forme de scepticisme » (1933, écrit en roumain, recueilli dans Solitude et destin), il oppose au doute rationnel, méthodique, des philosophes (celui qui laisse digestion facile et sommeil léger) le doute « organique », qui vient d'une angoisse profonde et n'est pas choisi mais subi : une maladie, un « amour morbide de la vie ». Jarrety rattache cette fêlure à une cassure d'enfance (le départ du village des Carpates pour Sibiu) et note que cette écriture est une « écriture du corps », non celle des moralistes classiques, à qui on l'a parfois comparé à tort.

Vitalité retournée, entre-deux, ironie romantique. Le jeune Cioran, roumain, associe au scepticisme une « positivité » : désir d'agir, de se battre, culte de la vie (d'où son engagement du côté de la Garde de fer). Dans l'œuvre française, cette vitalité s'inverse en négation sarcastique, jubilatoire mais jamais menée jusqu'au bout, ce qui explique l'écriture fragmentaire, les reprises et le va-et-vient qu'on peut rapprocher de l'ironie romantique : insatisfait du monde, puis de sa négation. Le scepticisme reste un entre-deux, distinct du nihilisme total, qui serait une souffrance supplémentaire. Cioran retourne l'élan vital de Bergson contre lui-même, puis, dans les Cahiers, le scepticisme lui-même, d'une maladie en remède.

Sorties de la souffrance et histoire. Les Cahiers esquissent trois sorties : la pensée du suicide, jamais accomplie, l'extase inaboutie, puis, à la fin de sa vie, la pensée du vide, une quête de sagesse proche du bouddhisme (le fanatique est son inverse, comme dans le Précis de décomposition). Dieu est une « place vide » qui permet de penser une sortie du monde. Dans La Chute dans le temps, l'histoire est une chute (non chrétienne) hors d'un état végétatif : le civilisé exténué est sceptique, le barbare le revigore ; l'histoire est cyclique, sans remède, et Cioran, « sujet séparé », se juge plus désolé que sceptique. Jarrety y voit une pose, car Cioran était dans la vie privée drôle et agréable, et une écriture qui s'épuise à mesure qu'il s'apaise.

Excerpts

“« je n'ai jamais écrit une ligne à ma température normale »”

“« c'est une écriture du corps c'est une écriture du mal être »”

“« le seul doute impressionnant et celui qui vient d'une profonde angoisse organique d'une antinomie dans les racines de l'être »”