Leuba, Jean-Louis
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Core ideas
La subjectivité comme relation. À la question de savoir comment Kierkegaard peut privilégier la subjectivité face à l'objectivité des Écritures, Leuba répond par Luther : le premier commandement établit un rapport entre la foi et Dieu (« le Dieu de sa foi et la foi de son Dieu »). Il ne s'agit pas de la subjectivité moderne, psychologique et repliée sur soi, mais du rapport de l'individu appelé à croire avec Dieu, qui n'a rien d'une connaissance assurée par l'histoire, les preuves ou les miracles. Saint Augustin (De l'esprit et de la lettre) fait de l'Écriture un poteau indicateur ; on ne saisit pas, on est saisi (saint Paul). Brun cite l'image du miroir : il s'agit de se regarder dans l'Écriture et non de la considérer comme un objet de critique, au risque de perdre du temps avec les quarante interprètes.
Ce que la lecture de Kierkegaard apporte à un théologien. Leuba y trouve d'abord la délivrance de tout piétisme (opposer le péché à la foi, non à la vertu), l'idée que la foi est un concept de relation et qu'il faut s'aimer soi-même parce que Dieu nous a voulus. Le théologien est trop souvent l'homme de la loi, alors que Luther distingue la loi, qui condamne, et l'évangile ; le dogme trinitaire pris comme formule à croire est « ridicule ». Kierkegaard distingue les vérités objectives (deux et deux font quatre, Galilée a bien fait de se rétracter) et la vérité pour laquelle il vaut de vivre et de mourir (les martyrs) : on ne donne pas sa vie pour un système de géométrie. Brun cite un texte où Kierkegaard dit que le monde « n'a odeur de rien » et lui donne la nausée, dont l'existentialisme athée de Sartre serait une métamorphose qui a gardé les structures en éliminant ce qui les rendait signifiantes ; pour Kierkegaard, l'histoire n'a de sens que par la parole, reçue par chaque individu.
Luther, Mynster, l'Église et la bourgeoisie. Kierkegaard admire Luther pour avoir mis l'accent sur la foi plus que sur les œuvres, mais lui reproche de se servir du diable comme alibi et d'avoir recouru au pouvoir politique ; Leuba nuance en rappelant qu'il demandait seulement un prince juste, et que la vocation de l'État est d'être une affaire de ce monde. Kierkegaard supportait mal l'évêque Mynster, pasteur de sa famille : à ses funérailles nationales, où l'on célébra un « témoin de la vérité », il oppose le Christ abandonné sur la croix. Le chrétien devient toujours un bourgeois, et le christianisme n'est pas un lénifiant : Brun le dit à propos de L'Instant. L'émission conclut sur un texte où le témoin de la vérité, étranger à la politique, parle à chacun isolément, jamais à la foule : « un Kierkegaard politique malgré lui ».
Excerpts
“« on est saisi on ne saisit pas »”
“« il s'agit de se regarder dans le miroir et non pas de regarder le miroir »”
“« on ne donne pas sa vie pour un système de géométrie »”