Curnier, Jean-Paul
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Core ideas
La morale et la politique. À propos de la phrase de Camus dans Combat (« nous sommes décidés à supprimer la politique pour la remplacer par la morale »), Curnier soutient qu'on ne peut séparer l'exigence morale de Camus de l'expérience de la Résistance, c'est-à-dire de la question de donner la mort : il est très différent d'en parler abstraitement et d'avoir tenu soi-même le fusil. Il oppose l'époque de Camus, riche en pensée politique, au présent, où l'humanisme, les droits de l'homme et l'émotivité ont remplacé la pensée politique ; il faudrait selon lui, aujourd'hui, penser contre la morale, et il juge le recours actuel à Camus à propos du terrorisme (un recueil récent de textes intitulé Réflexions sur le terrorisme) très en deçà de la profondeur de sa réflexion. Il s'agit pourtant, selon lui, d'une audace de Camus que d'avoir extrait un problème moral d'un problème politique à l'époque de l'histoire absolue et de l'engagement.
Mains pures, mots et actes. Camus écrit dans Combat que les hommes de France « ne voulaient pas tuer » et sont entrés « les mains pures » dans une guerre qu'ils n'avaient pas choisie ; dix ans plus tard, il confie que celui qui écrit n'est jamais à la hauteur de ceux qui meurent. Curnier relève sa méfiance presque instinctive envers le pouvoir du langage (encourager le meurtre par les mots sans en assumer les conditions) et la tentation de croire que les humbles, parce que sans pouvoir, sont purs. René Char, avec qui Camus est lié, développe la même idée : ce qu'on ne pardonne pas à l'ennemi, c'est d'avoir fait de nous des assassins. Le poète René Leynaud (« Clair » dans la Résistance) avait choisi de ne pas écrire pendant la lutte. Curnier fait remarquer que Camus refuse la dichotomie entre tuer un homme et éliminer un danger.
Un guerrier. Pour Curnier, Camus est un guerrier au sens où il ne dialectise pas : quand on est engagé, on va jusqu'à la victoire, puis on se pose des questions. Il distingue une guerre contre un envahisseur (les Français purs, attaqués, ripostent) d'une révolution et d'une guerre civile, où une classe n'a pas envahi l'autre, et où il faut « déclarer la guerre » ; Camus ne le fait jamais. Il en tire la méfiance envers la terreur, à laquelle il opposera des limites (Les Justes et le grand-duc, les enfants), et renvoie à son avertissement au FLN. Curnier rapproche la formule de Char (détruire avec des « outils nuptiaux ») de cette idée d'un geste d'affirmation. L'émission se termine sur l'éditorial de Combat du 23 août 1944 : « ce n'est pas nous qui avons choisi de tuer ».
Excerpts
“« nous sommes décidés à supprimer la politique pour la remplacer par la morale »”
“« il ya quand même une lâcheté à se réfugier dans la morale par rapport à l'action »”
“« nous vous détruirons sans jamais vous haïr »”