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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Darras, Jacques & Chaillou, Michel & Jordis, Christine & Abensour, Liliane & Monod, Sylvère

Darras, Jacques & Chaillou, Michel & Jordis, Christine & Abensour, Liliane & Monod, Sylvère

Darras, Jacques: poète et angliciste

Chaillou, Michel: écrivain

Jordis, Christine: angliciste et écrivaine

Abensour, Liliane: traductrice et universitaire

Monod, Sylvère: angliciste

Hubert Juin anime la table ronde, enregistrée dans un restaurant chinois de la rue des Lombards près d'un chantier de démolition ; une autre intervenante, prénommée Anne (nom mal restitué), participe aussi. Des textes de De Quincey et de Baudelaire sont lus par Annie Romand et Pierre Vernier. L'attribution de certains propos est incertaine.

THOMAS DE QUINCEY (1785-1859) : De l'opium et de l'assassinat – Une vie, une œuvre [1985]

Rien ne veut rien dire · Jul 7, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Hubert Juin présente De Quincey comme une figure marginale de sa propre littérature mais capitale pour la nôtre, de Baudelaire à Apollinaire et Marcel Schwob. Jacques Darras évoque la brève « période noire » de quatre ou cinq mois à Londres, autour d'Oxford Street : une maison déserte, une enfant sans nom et la jeune prostituée Ann, dont il n'a jamais demandé le nom de famille et qu'il cherchera toute sa vie. Il y lit l'image d'un XIXe siècle urbain où les maisons et les familles se remplacent sans cesse. Michel Chaillou parle d'un écrivain toujours hors de la lampe allumée de la vie domestique, tapi dans l'ombre et dans son style. Pour lui, chez De Quincey, la poésie est un crime : le souvenir d'une faute originelle, comme un descendant de Caïn fasciné par Abel. Les intervenants évoquent l'enfance « baignée de féminin » commentée par Baudelaire, la mort des sœurs Jane et Elizabeth et le rapport détestable à une mère qui retient l'argent jusqu'à quatre-vingt-dix ans, laissant son fils dans une misère grise à Édimbourg.

Les intervenants analysent une méthode de composition qui mêle les sources, la fiction et l'émergence du créateur, dans La Nonne militaire d'Espagne, Jeanne d'Arc, Les Derniers Jours d'Emmanuel Kant ou La Malle-poste anglaise. Un accident réel y devient matériau de rêve. On parle du « travail » du rêve, de la terreur de ne pouvoir avertir, et de notions inventées par De Quincey, comme l'« involution » et la mise en abyme. Christine Jordis distingue son humour gratuit, emporté par le jeu des mots et des citations latines, de l'ironie à visée de Swift. Une intervenante voit dans De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts, où Kant échappe de peu à un meurtrier, une sympathie non pour la victime mais pour celui qui sort des limites humaines. Elle rapproche ces pages de la scène où l'on frappe à la porte dans Macbeth, retour du « pouls de la vie normale ».

Jordis relie les métamorphoses des objets et des phrases à l'opium, à la manière de Poe et de ce que Baudelaire décrit du haschich. Darras fait de De Quincey le premier fugueur de la littérature, qui ne quitte jamais l'Angleterre mais remonte vers le nord et cherche une famille auprès de Wordsworth et de sa sœur Dorothy, alors que son œuvre reste dispersion et fragment. Chaillou voit dans l'opium « la littérature de la littérature », un sublime qui le menace et le protège, une phrase digressive portée par son antiphrase, et chaque œuvre comme un échec sublime. Darras rappelle l'opium de Coleridge et le rêve des Prisons de Piranèse. Les intervenants concluent sur une œuvre sans évolution, toujours reprise et augmentée de parenthèses, puis sur la lecture de la mort d'Elizabeth et du vent d'été, « seul grand symbole audible de l'éternité ».

Excerpts

Michel Chaillou sur la culpabilité chez De Quincey :

“il y a chez lui et c'est en ce sens qu'il est un très grand écrivain un sentiment de culpabilité la poésie est un crime écrire est un crime on peut s'en sortir que par l'enfance la drogue ou par une sensibilité aiguë qui vous transporte ailleurs”

Christine Jordis sur l'humour de De Quincey :

“son humour est parfaitement gratuit il joue à partir d'un mot ce sont des enchaînements de mots dans le vide en quelque sorte simplement par le goût du mot qu'il entraîne [...] le mot se mettent à d'emballer tout seul pour ainsi dire [...] et ça donne une extraordinaire impression de liberté mentale”

Michel Chaillou sur l'opium et la littérature :

“l'opium pour moi c'est la littérature j'ai c'est à dire que c'est vraiment la littérature de la littérature c'est le sublime qui le menace qui le protège qui l'enveloppent qui le désagrège et dont sa phrase extraordinairement ramifié et pousse tous les méandres”