Thirouin, Laurent
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Core ideas
Un croyant qui donne raison à l'incroyant. Thirouin rappelle que Pascal, croyant, « utilise une partie considérable de son apologie à rendre raison de l'incroyance », et que son interlocuteur n'est pas le libertin érudit mais le libertin « bas de gamme », semblable à beaucoup de nos contemporains. Le Dieu est caché ; Pascal, lié à la théologie augustinienne de la grâce efficace, sait qu'il peut lui-même basculer dans l'incroyance (le Mémorial : « que je n'en sois jamais abandonné »). Il ne démontre pas l'existence de Dieu : un Dieu démontré serait un Dieu de philosophes, sans prise sur l'amour. Les cris que Duras et Mitterrand entendent dans les Pensées sont ceux d'un croyant qui sait la grâce hors d'atteinte.
Le fragment « Infini rien » : géométrie du hasard et « règle des partis ». « Le pari » n'est que l'un des éléments de ce fragment, que Pascal appelait peut-être « discours de la machine ». Thirouin le replace dans les travaux de Pascal sur la règle des partis (le problème du chevalier de Méré : comment répartir les mises quand on interrompt un jeu de pur hasard), qui fait naître une « géométrie du hasard » : « cela ôte tout parti » veut dire « cela ôte toute hésitation », non « cela empêche de décider ». Contre la caricature utilitariste (La Bruyère, Voltaire), il explique que Pascal ne propose pas de commencer un jeu mais constate qu'on est déjà embarqué et que quitter le jeu, c'est perdre à tous les coups : l'alternative est entre la certitude de perdre et la possibilité de tout gagner.
Rohmer, Deleuze et l'espérance. Le Conte d'hiver de Rohmer (Félicie attend Charles malgré le peu de chances, parce que « ça m'empêchera de faire des choses qui m'empêcheraient de le retrouver ») dit mieux le fond de l'argument : l'enjeu n'est pas l'existence de Dieu mais le mode d'existence de celui qui espère (Deleuze). Le texte, qui ne conduit pas à Dieu, vise à rendre la religion aimable et à ôter les obstacles ; l'habitude, la machine, l'abêtissement sont nécessaires, car l'homme est raison, cœur et corps. Pour Thirouin, « Pascal est un penseur de la joie » : tout homme cherche le bonheur, que Pascal croit être Dieu ; le divertissement est efficace mais non durable « parce que les maladies viennent ».
Excerpts
“« pascal utilise une une partie considérable de son apologie à rendre raison de l'incroyance »”
“« ça m'empêchera de faire des choses qui m'empêcheraient le retrouver »”
“« pascal est un penseur de la joie »”