O'Brien, Denis & Dixsaut, Monique & Balibar, Françoise & Dumont, Jean-Paul
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Core ideas
Les atomes et le vide, contre Parménide. Le mot « atome » (alpha privatif et tomos) désigne l'insécable. Face à Parménide, qui posait un être sphérique et compact (tout être étant étendu), Démocrite affirme que l'être est multiple et en mouvement : il faut donc le vide, double condition de la multiplicité et du mouvement. À l'origine, non l'identité mais une « diversité radicale », « le vide infini éclaboussé par les atomes », puis des agrégats éphémères ; le vide est une cause motrice, et le mécanisme est sans finalité (ni cause finale ni cause formelle). Plutarque cite un fragment (den et men, le corps et le vide) contre le disciple épicurien Colotès : le vide a autant de réalité que le corps. L'atomisme a une infinité de mondes et d'atomes, comme les lettres de l'alphabet permettent d'écrire une infinité de tragédies.
Reconstituer une pensée : Aristote, Épicure, Marx. La doctrine de Démocrite n'est connue que par la tradition (Aristote, Simplicius, Épicure), et les fragments authentiques sont surtout éthiques et politiques. Aristote retraduit trois propriétés des atomes (rythmos, diathigè, tropè) en forme, ordre et position, ce qui fait apparaître des contradictions ; un intervenant propose de les lire à partir de l'écriture (rythme : le tracé qui ondule ; contact traversant : le croisement du gamma ; tournure : le retour sur soi) : les atomes seraient des tracés ondulatoires, non des corpuscules, ce qui lève des faux problèmes (poids, atome de taille cosmique). Le jeune Marx, dans sa thèse sur Démocrite et Épicure, voit chez Démocrite une différence qui ne différencie pas, une position qui ne situe pas, un ordre qui est désordre, et donc un monde sensible illusoire, alors qu'Épicure donne une réalité au sensible. D'autres précisent la pesanteur démocritéenne (le choc, les différences de vitesse) et le fait qu'Épicure ait fixé des parties minimales.
Nécessité, sens et sagesse. « Tout est nécessaire, mais ça ne veut pas dire que tout se produit au hasard » : le hasard (tuchè) n'apparaît que dans les fragments éthiques, comme interprétation humaine (désir, attente), et la nécessité (anankè) est identifiée au logos des choses, sans finalité. La pensée doit donc se réduire à ce qui est, cesser de désirer que le monde corresponde à ses exigences (« le sage ne désire pas ce qu'il n'a pas »), et se contenter de la présence du monde, composé d'atomes, dont on fait partie. Une vie romancée : un héritier qui part en Égypte, revient ruiné, vit très longtemps, rencontre Hippocrate, vient à Athènes en inconnu ; sa « modernité » vient de ce qu'il pense l'absence de fondement ultime de la réalité.
Excerpts
“« à l'origine il y a le vide infini éclaboussé par les atomes »”
“« place la diversité radicale à l'origine »”
“« tout est nécessaire mais ça ne veut pas dire que tout se produit au hasard »”