MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Finkielkraut, Alain

Finkielkraut, Alain

philosophe

Dostoïevski (4/4) : Un passage à l'acte

Rien ne veut rien dire · Nov 26, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec quelques noms déformés)

Core ideas

L'enfer de l'amour-propre (Finkielkraut). Finkielkraut raconte sa lecture des Carnets du sous-sol à quinze ans et lit l'homme du sous-sol comme une protestation contre l'utilitarisme moderne (le Palais de cristal, Tchernychevski) : l'homme n'est pas seulement guidé par son intérêt, il peut vouloir que deux et deux fassent cinq, et il n'est pas « calculable ». Il rapproche la deuxième partie, avec la prostituée Lisa, de Rousseau : l'amour de soi (état de nature) est supplanté par l'amour-propre, comparatif et jamais satisfait, d'où « l'enfer de la comparaison » propre aux sociétés égalitaires. Lisa lui tend les bras, mais la honte d'être vu en peignoir lui fait refuser le bonheur ; le narrateur est moins sadique que masochiste, victime d'un cercle d'humiliation, et Nietzsche en tirerait son ressentiment. Pour Finkielkraut, le personnage n'est le porte-parole de rien ; il détruit l'idée d'une solution définitive au problème humain.

La langue et le meurtre symbolique (Markowicz, Kaplan). Markowicz défend une traduction orale, qui casse la syntaxe du français écrit pour rendre la langue « convulsive » de Dostoïevski, pour qui le chaos du monde « doit rester chaos », par opposition à Tourgueniev, que la littérature pouvait faire croire capable de l'ordonner. Kaplan lit le texte comme l'expérience de l'illimité de la pensée : « on peut tout penser mais on peut pas tout dire », et renvoie à une horreur de la parole, pour elle le ressort de toute l'œuvre, car on peut tuer par la parole en enfermant l'autre dans une identité (« tu es une prostituée »), comme le narrateur le fait à Lisa en la traitant comme une prostituée (le billet de cinq roubles) ; elle cite la dernière phrase du texte sur les « pères vivants » opposés à l'idée. Elle refuse la lecture psychologique ou psychanalytique, souligne le rôle des enfants dans l'œuvre comme figures du possible, et rappelle que Freud a manqué la notion de fantasme chez Dostoïevski.

Chronique : du Palais de cristal à l'aveu (Marty). Marty rapproche Dostoïevski de Rimbaud (qui a vu le Palais de cristal à Londres et décrit dans les Illuminations la solitude de l'homme des foules) et de Jean Genet (Notre-Dame-des-Fleurs), pour le motif de l'aveu qui surgit sans avoir été demandé, chez Raskolnikov vers la rédemption, chez Genet vers un cérémonial érotique de mise à mort. Il rend ensuite hommage à Anne Dufourmantelle et à son Éloge du risque, où risquer sa vie est étendre le domaine de la vie plutôt que jouer avec la mort.

Excerpts

“« La modernité c'est la comparaison. C'est l'enfer de la comparaison. »”

“« le chaos dans le monde doit rester chaos »”

“« On peut tout penser mais on peut pas tout dire. »”