MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Zagdanski, Stéphane & Arasse, Daniel & Buci-Glucksmann, Christine

Zagdanski, Stéphane & Arasse, Daniel & Buci-Glucksmann, Christine

Zagdanski, Stéphane: écrivain, auteur du Sexe de Proust

Arasse, Daniel: historien de l'art, auteur de L'Ambition de Vermeer

Buci-Glucksmann, Christine: philosophe, autrice de L'Œil cartographique de l'art

Le générique cite un quatrième intervenant universitaire dont le nom est inintelligible ; des extraits de la pièce Vermeer et Spinoza de Gilles Aillaud sont lus par des comédiens, et une productrice non nommée assure les transitions et des textes de liaison.

VERMEER DE DELFT (1632-1675) : Quand l'œil écoute une pensée de femme – Une vie, une œuvre [1996]

Rien ne veut rien dire · Mar 31, 2018 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne ; l'attribution de certains passages entre les intervenants reste incertaine.

Core ideas

Stéphane Zagdanski lit l'œuvre de Vermeer comme une suite de « penseuses » : liseuses, femmes écrivant, musiciennes, dentellière, femme à la balance. Vermeer y peindrait l'« entendement », la pensée qui s'écoute penser, comme la joueuse de luth qui semble accorder sa propre pensée plutôt que son instrument. Une femme qui pense est d'abord une femme qui tourne le dos aux autres femmes. Dans L'Entremetteuse, où l'on reconnaît peut-être Vermeer, sa femme et sa belle-mère, tous les personnages sont « embarqués » au sens pascalien sur un tapis en forme de barque. Le chapeau noir du peintre, que l'on retrouve dans L'Art de la peinture, figurerait la couleur même de la pensée, et La Jeune Fille endormie ouvrirait la chambre noire du crâne. Zagdanski relie cette œuvre à la conversion de Vermeer au catholicisme pour épouser Catharina Bolnes, au quartier des « papistes » et à une église jésuite clandestine, ainsi qu'à la confession auriculaire qui crée une intimité dans le privé. Il convoque Proust (Odette, le « petit pan de mur jaune », Charlus fasciné par un décolleté), Madame de Sévigné, Mallarmé et Claudel pour décrire un désir qui circule entre une mère et sa fille. Il fait des penseuses des figures de l'annonciation, celle d'une « conception maculée » faite de petites taches de lumière, jusqu'à la perle, « goutte de pensée ».

Daniel Arasse démonte le mythe positiviste d'un Vermeer peignant à travers une camera obscura. Le « pointillisme » des gouttes de lumière vient bien de cet instrument, mais Vermeer les place là où elles ne pourraient pas apparaître (une tapisserie, le pain de La Laitière, l'ombre d'un bateau dans la Vue de Delft). Il ne copie pas la réalité observée : il joue de la chambre noire pour faire affleurer l'invisible dans le visible, d'où le titre de son livre, L'Ambition de Vermeer. Il rappelle aussi que Vermeer n'était ni pauvre ni méconnu. Il vivait confortablement grâce à sa belle-mère et peignait deux ou trois petits tableaux par an, profondément médités. Il relie l'inspiration de Vermeer à la conception catholique d'une image habitée par une présence, à la différence de l'image protestante, sans en faire la cause de son génie. Il analyse L'Art de la peinture : le peintre de dos n'est pas Vermeer, puisqu'il dessine une esquisse préparatoire alors que les radiographies montrent que Vermeer n'en faisait pas. Le point de fuite coïncide avec la main peinte sans dessin, et Vermeer se réclame ainsi de la grande tradition tout en donnant pour objet à la peinture l'effet de la lumière sur les choses. Dans La Dentellière, les fils flous du premier plan disent au spectateur qu'il ne verra pas tout de l'intimité.

Christine Buci-Glucksmann replace Vermeer dans la naissance d'un « œil-monde » au XVIᵉ siècle, de La Chute d'Icare de Bruegel à la passion cartographique. L'Astronome et Le Géographe sont des héros du nouveau savoir, et la carte fait entrer l'infini du monde dans l'intimité d'une chambre : Vermeer est un « intimiste de l'univers », selon le mot de Maldiney. Comme chez Spinoza, contemporain de Delft, plus les choses sont singulières, plus elles captent l'infini. La carte des dix-sept provinces de L'Art de la peinture est peinte comme un tableau dans le tableau, une surface plissée par la lumière. Elle oppose la peinture italienne de la profondeur perspective à une peinture du Nord qui fait de la surface le lieu du sens et de la vision, une surface sensuelle, presque une peau. Elle y voit une « érotique du secret ». Elle conclut que Vermeer a inventé la clarté en peinture, une surface non mélancolique, à la lisière entre le trop-plein des images et le mur blanc de la Réforme.

Excerpts

Stéphane Zagdanski sur la peinture de la pensée :

“vermeer me semble-t-il s'est intéressé à ce que l'on peut appeler l'entendement qui est un joli mot je trouve c'est à dire à la pensée en tant qu elle s'écoute penser aux sons à la musique que fait la pensée [...] c'est la joueuse de lutte qui de manière assez évidente qu'on la regarde est en train d'accorder sa pensée”

Daniel Arasse sur l'usage de la camera obscura :

“une des ambitions fondamental de vermeer c'est de faire affleurer dans la peinture dans le visite de la peinture à faire le sentiment de quelque chose de présenter d'invisibles [...] il faut pas dire qu'elle est utilisée elle est jouée par vermeer [...] or il n'y a pas de mystère vermeer car il n'y a jamais de mystère en peinture ici tout est là à portée de regard dans l'effet de miroir d'une surface”

Christine Buci-Glucksmann sur la carte et l'infini :

“c'est ça que vermeer fait entrer en peinture c'est à dire un tableau de vermeer pour moi c'est un fragment d'infini rendu à la peinture et donc c'est un jeu entre ce qui est extérieur esce quête intérieure et la carte comme le globe sont au fond des métaphores du monde dans l'intimité d'une chambre je crois que c'est maldiney qui disait de vermeer que c'est un intimiste de l'univers”