Struve, Nikita & Epelboin, Annie & Parfenov, Michel & Struve, Nicolas & Pascal, Martine
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Core ideas
L'émission présente Mandelstam, comme Akhmatova, en « poète pur » qui n'a eu d'autre fonction qu'affirmer le droit à la poésie, et s'est opposé pour cela aux forces destructrices du régime. Il aimait les abeilles, images du poète, à la fois aveugle et guide de l'aveugle. Une intervenante raconte une marche à Voronej, sur les traverses d'une voie ferrée, au rythme de vers de Mandelstam récités par cœur jusqu'au Don en crue : l'immensité de la steppe et celle d'une poésie libre dans une ville surveillée. Nicolas Struve lit « La naissance du sourire » et voit dans le « surjet » une image de cette poésie tardive. La pensée passe d'un mot à l'autre sans qu'on voie le fil, dans un voyage incessant à travers tous les états du réel, géologie, animaux, culture et politique, pour recoudre un monde qui nous paraît éclaté. Nikita Struve décrit un poète acméiste, tourné comme Eliot ou Ungaretti, lecteurs de Bergson, vers la réalité terrestre plutôt que vers les brumes symbolistes, mais vagabond nonchalant toujours sans le sou. Seuls deux petits recueils, La Pierre et Tristia, parurent de son vivant, et Nadejda sauva l'essentiel, souvent de mémoire.
Annie Epelboin retrace une identité conquise : né à Varsovie en 1891 de parents juifs lituaniens, un père qui parlait mal le russe, Mandelstam se sent étranger au « chaos judaïque ». Sa conversion protestante lui ouvre probablement l'université sous le numerus clausus, et la langue et la culture russes sont pour lui une affaire de choix. Socialiste-révolutionnaire à quinze ans, il reste attaché à son « origine roturière » sans jamais s'enfermer dans une tour d'ivoire. Il pressent pourtant dès le début la contamination du langage par la propagande, la « mort de la philologie ». L'exécution de Goumilev en 1921 est un avertissement : dès 1923, Akhmatova et lui passent pour des dissidents de l'intérieur. Epelboin décrit l'affaire Gornfeld de 1929, prétexte à un lynchage dont naît La Quatrième Prose et la lettre où il quitte la Fédération des écrivains. Parfenov commente la correspondance retrouvée avec Nadejda, ses jeux de rôle sur les genres et ses passions, dont Tsvetaïeva qui lui fit « don de Moscou ».
Epelboin distingue les voyages de survie vers Kiev et la Crimée et la quête d'une « nostalgie de la culture universelle », un hellénisme retrouvé en Crimée puis en Arménie, voyage qui lui rend la parole poétique en 1930. Nicolas Struve lit l'Entretien sur Dante : la poésie comme course sur des jonques mouvantes, comme un avion qui en engendre d'autres en vol, une forme qui naît du jaillissement sans être préétablie. Parfenov raconte l'épigramme contre Staline de 1934, la tentative de suicide avec des lames de rasoir à la Loubianka, l'exil adouci grâce à Boukharine et Pasternak, et le choix de Voronej. La ville est frontalière, pleine d'aristocrates déportés et de paysans affamés, et Mandelstam y sombre dans la misère. Epelboin évoque la terre noire de la steppe, « menace et consolation ». La dernière lettre de Vladivostok en 1938 précède une mort d'épuisement au camp de transit. Nicolas Struve rapproche cette radicalisation de la lecture de Celan par Lacoue-Labarthe et conclut sur le poème du bosquet de pins, Dieu laissant le monde inachevé face à une idéologie qui impose à tous le même pas.
Excerpts
Ouverture sur le poète pur :
“mestam c'est l'exemple comme ahmatova d'ailleurs du poète pur il n'est que poète il n'a pas eu d'autre fonction dans la vie que d'être poète et d'affirmer le droit à la poésie et c'est pour pouvoir affirmer le droit à la poésie qu'il s'est opposé aux forces destructrices du régime”
Nicolas Struve sur la pensée dans la poésie de Mandelstam :
“il y a le mot et puis il y a un autre mot ou une autre image ou un autre verre et on sait pas du tout finalement par où est passé la pensée qui acheminé de l'un à l'autre [...] il y a un espèce de voyage permanent et incessant dans tous les états du réel et sa poésie accompagne ça comme un [surjet]”
Annie Epelboin sur la langue et la propagande :
“il se rend compte qu'il se passe quelque chose d'assez terrible dans une forme de contamination du langage qui pourrait mener à ce qu'il appelle la mort de la philologie c'est-à-dire au non respect de la qualité propre au langage [...] et que ce langage de la propagande est rigoureusement épouvantable”