Steinmetz, Jean-Luc
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Core ideas
Une « liberté libre » qui échoue à s'échapper. L'émission commence par une lecture d'une lettre de Rimbaud, qui dit mourir de platitude et vouloir partir tout en restant, et par l'expression « liberté libre » (lettre à son professeur, novembre 1870). Steinmetz y voit surtout la justesse formelle des formules rimbaldiennes (« au réveil midi »), puis interprète les retours constants du poète vers les Ardennes comme un « automatisme de répétition » lié au milieu maternel, de haine et d'amour jusqu'à la mort, et à un désir de changer la vie par la poésie qui ne peut pas se satisfaire de ces seuls moyens. Selon lui l'« échec » de Rimbaud est surtout de n'avoir pas rencontré ceux qui pouvaient faire écho à ce qu'il voulait, Verlaine ou Germain Nouveau n'étant pas à la hauteur de ce que promettait sa poésie.
De l'élève de latin au voyant. Rimbaud, « latiniste de compétition », apprend à l'école le sens des syllabes (composition de vers latins sur sujets imposés, comparaison d'Abd el-Kader à Jugurtha), lit le Parnasse contemporain et parcourt vite les écoles poétiques, du romantisme aux parnassiens, avant de proposer à Théodore de Banville Credo in unam, vu comme un manifeste de la beauté, puis d'envoyer Ophélie et Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs. La guerre de 1870 et la Commune font passer sa « liberté libre » de l'expérience individuelle à un rapport avec la société (Les mains de Jeanne-Marie, poèmes parisiens). Les lettres du voyant, lues dans l'émission, posent le « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens », lié selon Steinmetz à l'« encrapulement » et à l'image des comprachicos de Victor Hugo.
Une éthique plutôt qu'une esthétique. Steinmetz commente Le cœur du pitre, rebaptisé Le cœur supplicié, comme un texte qui évoque un viol et que le poète ne rejette pas mais intègre : l'enfer lui sert à construire contre la « belle poésie » un dispositif fait d'encrapulement, de voyance et d'hallucination des mots, avec Prométhée en arrière-plan. À la question de l'animateur qui rapproche Rimbaud de Descartes (recommencer à zéro), il répond que les deux domaines sont opposés, que Rimbaud n'est pas un philosophe, et qu'il faut respecter la chronologie (Ophélie puis « Elle est retrouvée. L'éternité ») pour comprendre le passage de la poésie traditionnelle aux Illuminations. Steinmetz évoque aussi Génie et Une saison en enfer, et l'émission se clôt sur la lecture du télégramme de Marseille annonçant l'amputation en 1891, suivi d'une lettre à sa sœur Isabelle.
Excerpts
“« la poésie n'est plus simplement aussi un acte d'écriture, mais qu'elle doit répondre à une transformation intérieure »”
“« pour qu'il y ait une poésie nouvelle, il faut que l'homme devienne nouveau »”
“« déplace l'esthétique du côté d'une éthique qui suppose la transformation profonde et quasi sacrificielle de l'individu »”