Camus, David
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Core ideas
Le conférencier propose de lire « au ralenti » la dernière page du « Désert », seule des quatre nouvelles de Noces à se passer à Florence, qu'il tient pour le plus beau texte de Camus. Il note que ce texte, écrit à 22 ans, est un texte d'amour : alors que Camus annonçait trois cycles (absurde, révolte, amour), l'amour serait en réalité le point de départ et non l'aboutissement de l'œuvre. C'est un amour mêlé d'amertume, une « amourtume », consentement à vivre dans un monde indifférent. Il voit dans le « premier sourire du ciel » le refus de deux dénis de la réalité. Le premier est la théologie, qui « spécule » sur les dividendes de l'ascèse dans l'au-delà. Le second est l'hédonisme, qui jouit de chaque instant « comme si c'était le dernier » et vit donc dans l'angoisse, ce que Montaigne avait déjà refusé. Camus propose de vivre chaque instant comme le premier, dans un étonnement renouvelé.
« Hors de moi » signifie pour lui débarrassé du moi, de la position de spectateur et du rapport sujet-objet. La découverte de notre appartenance au monde va avec celle de son silence, ce qui est l'expérience de l'absurde. Le conférencier y lit un « deuil accompli » : non pas que Dieu soit mort, mais qu'il n'a jamais vécu. Le dieu de Camus, comme celui de Spinoza, est immanent et sans intention, et seul un dieu transcendant prend un visage humain. « Le monde est beau, et hors de lui point de salut » exprime aussi une ontologie proche de Parménide. Il commente la « nature sans homme », qu'il rapproche de l'expérience de Roquentin dans La Nausée, et l'oppose à une nature érigée en norme, version pétainiste. Il en tire l'éloge de l'inutile, comme la nature morte, et de la philosophie, qui « ne sert à rien » et en cela est utile. Il réfute ceux qui disent que Camus n'est pas philosophe. Il oppose la liberté comme consentement, « devenir ce qu'on est », à l'arbitraire et à la résignation.
La « sagesse où tout était déjà conquis » renverse selon lui la définition de la philosophie : non plus amour de la sagesse, un désir fondé sur le manque, mais « sagesse de l'amour », c'est-à-dire joie. Elle évite de redoubler la douleur par la plainte et ressemble à la foi, qui tient bon malgré les démentis. Le bonheur « né de l'absence d'espoir » ne vient pas d'une perte mais d'une plénitude retrouvée. C'est la tristesse qui engendre l'espoir, et non l'inverse. La « floraison de oui » contenue dans toute négation annonce L'Homme révolté. Le Christ ressuscitant de Piero della Francesca, au « regard qui n'est pas d'homme », exprime une résolution de vivre sans autre raison que la vie elle-même. La mesure de la « pensée de midi » protège la révolte de la révolution, et seul l'amour autorise la démesure. Dans le journal, David Camus évoque une filiation vécue comme un « écho ». Il cite la fin de « L'Hôte », qui l'a marqué enfant, et raconte s'être longtemps interdit le roman comme un tabou. Il a refusé un premier contrat qu'il soupçonnait dû à son nom.
Excerpts
Le conférencier sur l'amour comme point de départ :
“chez Camu l'amour précède l'absurde la révolte puis l'amour auquel il retourne à la fin l'amour n'est pas le point d'aboutissement du travail de Camu l'amour en est le point de départ c'est sous le signe de l'amour que Camu a conçu son travail”
Le conférencier sur l'instant vécu comme le premier :
“il s'agit de jouir de chaque instant de la vie non pas comme s'il était le dernier mais comme s'il était le premier de fait c'est la qualité de chaque instant d'offrir cette alternative d'être à la fois le dernier et le premier de son genre”
Le conférencier sur la sagesse de l'amour :
“que propose Camu ici non pas l'amour de la sagesse mais la sagesse de l'amour sagesse de l'amour c'est-à-dire la joie c'est-à-dire l'art d'aimer le monde malgré ce qu'il a de déplaisant”