Wahl, Jean
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Core ideas
Pourquoi Heidegger. Wahl dit considérer Heidegger « comme un des plus importants penseurs de notre temps », parce qu'il a conscience que nous vivons la fin de la métaphysique (et de l'ontologie), et parce que, derrière le problème de l'être, qui n'est pas pour lui le plus important, il a réintroduit l'idée du monde (l'« être au monde »). Le recours de Heidegger aux présocratiques (Anaximandre, Parménide, Héraclite) vient de la situation de la philosophie : celle-ci, commencée avec eux, est terminée, et à l'heure de sa terminaison on se tourne vers son commencement, peut-être à l'aube d'un nouveau commencement. Le pouvoir de l'homme sur la matière s'accompagne du départ des dieux, ce que Heidegger, après Nietzsche, appelle nihilisme, mais le sacré est pressenti et c'est lui qui « se réintroduit » plutôt que nous.
Pourquoi Hölderlin. Selon Wahl, Heidegger choisit Hölderlin pour des raisons extérieures (il lui faut un poète allemand, l'Allemagne étant à ses yeux le « peuple du milieu » ; Wahl ne partage pas ce privilège et pense qu'on partirait de Rimbaud aussi bien) et plus profondes : Hölderlin fut l'ami de Schelling et de Hegel, et un maître de Nietzsche, c'est-à-dire de la fin de la philosophie occidentale, « poète terminal ». Pour Heidegger, dit-il, « la pensée unit » : le denken est essentiellement parole (logos, cueillir, rassembler), alors qu'Amrouche, citant Claudel, oppose la pensée qui sépare à la poésie qui rétablit l'unité. Wahl voit aux deux une origine commune dans une vision qui est en même temps parole ; il refuse de cantonner la philosophie à l'analyse et la poésie à l'expression d'un savoir, rejette la distinction de Valéry entre prose et poème (Valéry pouvait la faire parce qu'il était poète et détestait les philosophes), et cite Descartes : « il y a plus de philosophie dans la fureur des poètes que dans bien des dissertations des philosophes ».
La fête. Après la lecture du poème, Wahl y lit une atmosphère d'orage, d'ivresse ou d'amour qui ouvre le temps et l'espace de la fête, un temps qui va vers son origine et un présent qui unit le plus lointain passé et le pressentiment du plus lointain avenir ; la nature y est « sur-nature », plus vieille que les dieux, mais la fin du poème (le « père ») ouvre la question du créateur et de la créature. Amrouche insiste sur la présence des dieux et sur le miracle d'une disposition permanente du poète, occultée par l'habitude (Bergson, Shelley : le voile de l'habitude). La fête dont nous sommes provisoirement exclus existe perpétuellement et même en nous : le mode réel de notre existence serait celui de la fête (Wahl évoque la « sobre ivresse » de Nietzsche et des antinomies chez Jaspers). La parole à son plus haut point oriente vers ce qui la nie : « toute grande poésie finit dans le silence », ce qui fait dire à Amrouche que l'on a agité beaucoup de paroles pour aboutir au rien.
Excerpts
“« comme un des plus importants penseurs de notre temps »”
“« la pensée unit que la pensée est essentiellement parole logos »”
“« toute grande poésie finit dans le silence »”