Rosenberg, Pierre & Mérot, Alain & Prat, Louis-Antoine & Arikha, Avigdor & Garouste, Gérard
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Core ideas
L'émission s'ouvre sur deux peintres. Avigdor Arikha a découvert Poussin vers 1960, à travers des lettres « sublimes » et inquiètes, et l'oppose au Poussin académique qu'on a figé en dogme. Gérard Garouste prépare désormais ses toiles en rouge, comme les ébauches de Poussin qui réchauffent la matière. Devant l'autoportrait de 1650 peint pour Chantelou, Pierre Rosenberg explique l'allégorie de l'amitié, le jeu cubiste des cadres empilés et les excès des iconographes. Alain Mérot retrace des débuts obscurs : la vocation née vers seize ans devant Quentin Varin aux Andelys, des tentatives manquées pour gagner Rome, une carrière parisienne au service des jésuites, puis Marino, qui lui commande les dessins des Métamorphoses. Arrivé à Rome à trente ans, Poussin est le contraire d'un enfant prodige, comme Cézanne. Dans la Rome du Bernin, il rivalise un temps avec ses formes sculpturales (Martyre de saint Érasme), avant de choisir une « médiocrité » réfléchie, l'opposé de l'Extase de sainte Thérèse.
Mérot évoque Cassiano dal Pozzo et son « musée de papier » de l'Antiquité, d'où sortent les deux séries des Sept Sacrements, qui restituent avec rigueur archéologique les rites des premiers chrétiens, avec l'admiration du Bernin rapportée par Chantelou. Rosenberg lit le Jugement de Salomon comme un récit qui condense plusieurs moments sur une seule toile, chaque personnage réagissant selon sa condition. Mérot rattache la théorie des « modes » à une science des nombres commune à la musique, à la poésie et à la peinture. Pour Arikha, le classicisme est mesure : ne pas crier trop fort. Louis-Antoine Prat décrit la méthode de la boîte à perspective et des figurines de cire drapées, où l'on change le fond comme un décor de théâtre. Les dessins, outils malhabiles et pourtant bouleversants, recomposent l'antique d'après des recueils de gravures plutôt que d'après les statues. Le séjour parisien de 1640-1642, voulu par Richelieu et Sublet de Noyers, échoue : Poussin n'est pas un peintre de grand décor, la Grande Galerie avorte, et il se plaint d'être accablé de « niaiseries ». Rosenberg y voit une attitude moderne d'artiste qui préserve sa liberté face au pouvoir.
Sur Les Bergers d'Arcadie, Rosenberg lit l'inscription Et in Arcadia ego comme une méditation sur la mort qui frappe même les heureux, sans crâne dans la version du Louvre. Mérot décrit ensuite les périodes stoïcienne, puis « magnifique », puis la manière tardive d'une main tremblante, et le panpsychisme que Blunt rapproche de Campanella. Il préfère la prudence de Jacques Thuillier aux reconstructions romanesques. Rosenberg refuse l'étiquette de classicisme mais retient le goût français, partagé avec La Fontaine, de récrire les fables antiques. Il nuance aussi le moraliste au profit de l'exemple. Pour Garouste, la froideur conceptuelle de Poussin produit une absence, un mystère qui pose une question. L'émission se clôt sur L'Hiver ou le Déluge, histoire de l'humanité en quatre toiles et testament pessimiste, que Chateaubriand associait au « tremblement du temps ».
Excerpts
Gérard Garouste sur la modernité de Poussin :
“je crois qu'il est étrangement très moderne parce que justement ce n'est pas un peintre qui tombe dans l'anecdote tout est de l'ordre du conceptuel finalement quand il traite du meurtre ce n'est pas une représentation plate on n'est pas dans le drame on est toujours dans dans l'évocation du meurtre”
Alain Mérot sur la science des proportions :
“derrière mode il ya évidemment mesure et donc il ya une sorte de science des nombres qui est commune à tous les arrêts [...] le grand apport de poussins au fond à l'histoire des arts c'est d'avoir consciemment mis en pratique en relation d'abord ces différents arts et mis en pratique cette science démons dénombre dans le domaine qui était le sien c'est-à-dire de peinture”
Pierre Rosenberg sur Les Bergers d'Arcadie :
“je crois qu'il est très important de se dire que c'est un tableau allégorique à la destinée humaine et au bref passage des humains même les plus heureux sur cette planète et à la nôtre mort qui est inéluctable”