Markowicz, André
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Core ideas
Le roman du double et du regard. À partir du paragraphe d'ouverture (deux jeunes hommes face à face dans un wagon, presque sans bagage, habillés pareillement), Markowicz y voit tous les thèmes de L'Idiot : la gémellité, l'impossibilité d'être face à soi et à l'autre, le regard insupportable. Pour les lecteurs de 1868, la nouveauté fut aussi d'être « le premier roman qui commence dans un train » (la modernité absolue), et le mot russe pour « machine » veut dire locomotive. Il y a en fait deux Idiot : Dostoïevski, pressé par l'argent, a abandonné les brouillons d'un personnage orgueilleux (qui deviendra Stavroguine des Démons), retourné le cahier et écrit le premier livre en deux semaines, en « laissant se développer par l'intuition poétique » une structure d'images : « ce qui compte dans le roman c'est le poème ».
Mychkine, Rogojine, Nastassia. Mychkine et Rogojine sont à la fois doubles, frères et rivaux (la scène de l'échange de croix, de la tendresse malgré le désir de tuer). Nastassia Philippovna n'a pas peur de Rogojine mais de Mychkine, parce qu'en lui elle se voit elle-même, « reflet qui la tue » ; sa pitié, dit Rogojine, est « pire que mon amour ». Mychkine est une réponse à une question simple : que se passe-t-il quand le seul personnage positif non comique, le Christ, revient sur terre ? « Le Christ sur terre est radicalement impossible » : sa bonté produit des catastrophes et il apporte un jugement dernier intime, en révélant le regard que chacun porte sur soi (un « anti-miroir »). Markowicz cite Pouchkine (Mozart et Salieri) et le texte de Clément Rosset (l'idiot, être incapable d'apparaître autrement que tel qu'il est : « ne peut pas mentir ne peut pas être ce qu'il n'est pas »). Les triangles (Mychkine-Aglaé-Nastassia, Mychkine-Nastassia-Rogojine), la distinction culpabilité et souillure (Nastassia violée par Totski), l'enfance comme pureté, qu'il juge une des parties les plus faibles du roman, complètent l'analyse.
L'épilepsie, structure du roman. Le passage où Mychkine décrit l'éclair d'illumination qui précède la crise (« une seconde jamais plus » qui vaut l'éternité, dont il conclut qu'elle importe peu qu'elle soit maladie) est pour Markowicz la structure même de l'écriture : accumulation de virgules qui devient insupportable, mots de certitude et de doute côte à côte (« semblait », « comme »), qu'il a traduits tels quels. Il distingue trois niveaux chez Dostoïevski : l'idéologie (nationaliste, orthodoxe, détestable), la vie vivante de l'instant présent, et la mise en structure poétique des images (double, incertitude, regard) qui transcende les deux. Tous les personnages sont des touches de peintre, qui n'existent que les uns par les autres ; il cite Proust (l'effet avant la cause chez Dostoïevski, Mme de Sévigné et Elstir). La fin dernière pour Dostoïevski est le Christ, mais l'Église est toujours présentée avec hostilité ou ironie.
Excerpts
“« c'est le premier roman qui commence dans un train c'était la modernité absolue »”
“« le Christ sur terre est radicalement impossible »”
“« ne peut pas mentir ne peut pas être ce qu'il n'est pas »”