Schneider, Michel & Laugier, Sandra
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Core ideas
Raphaël Enthoven ouvre sur le questionnaire où Proust, à treize ans, voyait dans le comble de la misère le fait d'être séparé de maman, et sur sa lettre de deuil à Montesquiou. Michel Schneider voit la Recherche comme une longue robe de Fortuny, tissée et brodée par le fils pour couvrir le corps de la mère. La mort de Jeanne Weil en 1905 a permis à « l'écrivant » des Plaisirs et les jours de devenir écrivain, en 1908. Il remarque que le narrateur dit « mon père » mais presque toujours « maman » : un mot sensuel et possessif, où parole et baiser se confondent. Enthoven rappelle le rôle du père, qui sait le temps qu'il fait et cède un soir sur le baiser de paix. Schneider voit dans cette scène la matrice de toutes les amours de la Recherche, de Swann et les cattleyas à la langue d'Albertine « comme un pain quotidien ». Il souligne surtout la lettre que l'enfant fait porter par Françoise : la réponse qu'« il n'y a pas de réponse » fait de lui un écrivain. Selon lui, on commence à écrire quand on comprend qu'il n'y a pas de réponse.
L'échange suit les superpositions de visages. Le profil d'Albertine sous le baiser passe de la bonté à l'avidité, une image où Schneider lit un rapport difficile de Proust à ses origines juives. Il compare l'écriture à une caméra plus qu'à un microscope ou un télescope. Il y a aussi la mère qui désapprouve Albertine, et l'aveu du narrateur qu'il « faut absolument » l'épouser au moment où il la croit infidèle. Enthoven oppose maman, figure de l'endormissement, au bonheur de regarder Albertine dormir et s'éveiller. Schneider y voit l'inversion du regard de Jeanne Weil, qui veillait sur le sommeil de son fils. Sur l'homosexualité, la « race maudite » et la « confrérie » de Cottard, il rapproche la profanation du père chez Mlle Vinteuil de celle de la mère dans le visage de Charlus. Il lit ces scènes comme baudelairiennes plutôt que comme relevant de la psychopathologie de l'époque, pour qui la sexualité est désir de faire mal.
Pour Schneider, la vraie énigme n'est pas l'homosexualité mais ce qui a fait de Proust un écrivain. La mère lui a donné la langue, Racine et Madame de Sévigné, en lui laissant la place de jouer avec, mais écrire, c'est se forger une langue étrangère à la langue maternelle et rompre avec toute appartenance. Sans la mort de sa mère, il serait resté un Montesquiou, un homme de conversation, comme Swann, Bergotte ou Charlus, ces « célibataires de l'art ». Le deuil de la grand-mère prête au narrateur un chagrin plus vrai que les lettres de deuil assez mondaines de Proust. Françoise, enfin, est la figure de la vie et du langage sans mots : ses inventions langagières et sa « bêtise » rejoignent la méfiance de Proust envers l'intelligence. Dans le journal, Sandra Laugier présente Emerson, qui appelle à l'indépendance intellectuelle américaine, et Thoreau, Walden et la désobéissance civile, comme recherche d'une voix propre.
Excerpts
Michel Schneider sur la Recherche comme robe tissée pour la mère :
“je crois que l'ensemble de la recherche et l'image et de proust est une longue robe comme les robes de fortune in longue robe tisser plissée et brodée par le fils pour couvrir le corps le corps nu ou le corps mort de la mère”
Michel Schneider sur la réponse de la mère :
“il écrit il écrit c'est ce qui est très important il écrit à sa mère pour lui pour la supplier de devenir l'embrasser donc on voit déjà que l'écriture est une réparation [...] la réponse c'est qu'il n'y a pas de réponse je crois que c'est si je dirais que c'est ce moment là qui le constituent comme écrivain nous commençons à écrire quand nous comprenons qu'il n'y a pas de réponse”
Michel Schneider sur la conversation et l'écriture :
“ils sont ce que ce que proust appelle les célibataires de l'art c'est-à-dire qu'ils ne poussent pas [...] il reste avec des mots des mots baiser des mots caresse des mots séduisant des mots des mots entendus et pas des mots écrits dans le silence et 10 les livres ce sont les enfants du silence et la solitude”