Dosse, François & Nadaud, Stéphane & Glissant, Édouard & Guattari, Félix & Deleuze, Gilles
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - sous-titres automatiques très altérés, en particulier dans l'extrait du cours de Deleuze.
Core ideas
L'émission interroge l'écriture à deux de Deleuze et Guattari, « machine de guerre » née dans le sillage de Mai 68. François Dosse insiste sur le paradoxe de la rencontre. Guattari, militant depuis l'après-guerre et praticien à la clinique de La Borde auprès de Jean Oury, appartient à une galaxie politique et psychiatrique. Deleuze est un universitaire solitaire, auteur en 1969 de Logique du sens et Différence et répétition. Le « passeur » oublié est Jean-Pierre Muyard, psychiatre de La Borde, qui voulait selon Dosse « calmer » l'agitation de Guattari en le mettant en contact avec Deleuze, curieux de la schizophrénie. Le texte « Machine et structure », opposé au structuralisme dominant, sert de premier terrain commun. Dosse décrit une division du travail qui contredit les clichés : Guattari fournit en amont un matériau foisonnant que Deleuze l'oblige à mettre par écrit, et en aval une pratique sociale (La Borde, le CERFI, la psychothérapie institutionnelle héritée de Tosquelles). Deleuze, lui, est plutôt fasciné par Lacan.
Stéphane Nadaud lit ce travail commun comme la mise en évidence d'« agencements machiniques » présents dans toute écriture : à deux, chacun révèle qu'il écrivait déjà « à plusieurs mains ». L'individu-auteur relève en partie de l'illusion, et Pessoa ou Kafka offrent des modèles d'écriture multiple. Il juge vaine la question de savoir « qui a écrit quoi ». Il refuse surtout la répartition qui ferait de Deleuze le théoricien du concept et de Guattari le praticien : L'Anti-Œdipe est autant un livre clinique que philosophique, et le concept y est d'abord un outil. Édouard Glissant, dans un témoignage enregistré, évoque son amitié avec Guattari, rencontré à Baton Rouge. Il décrit un penseur des villes, mû par l'« excitation de l'imprévisible », face à la méditation « presque silencieuse » de Deleuze, et regrette un livre sur l'écriture qu'ils n'ont pas eu le temps de faire.
Deux archives de Guattari encadrent la discussion. En 1970, il refuse d'opposer l'homme à la machine : l'humanisme a couvert bien des crimes, et la révolution scientifique et l'automation feraient de la singularité, de l'imagination et même des « déviants » une ressource productive, l'aspiration de Mai étant celle d'« autres types de rapports humains ». Dosse y voit une lucidité saisissante qui annonce les « sociétés de contrôle » de Deleuze, loin de toute déploration. En 1991, face à Robert Kramer, Guattari parle à « deux voix » : le monde court « à 200 à l'heure vers un mur », mais la tabula rasa des vieilles idéologies peut permettre aux jeunes générations de recomposer un monde à travers la « chaosmose ». Dans un extrait de cours de 1984 sur le cinéma, Deleuze décrit le cerveau comme un « intervalle » qui retarde la réaction et rend possible l'imprévisible. Nadaud y entend un physiologiste au sens nietzschéen plutôt qu'un pur théoricien, Dosse une interrogation constante sur « l'image de la pensée », contre le structuralisme puis les sciences cognitives.
La discussion aborde aussi le paradoxe d'une biographie consacrée à des auteurs qui ont combattu la notion d'auteur et le familialisme. Dosse défend une biographie « délinéarisée », attentive à la pluralité des sens d'une vie, et revendique une approche d'historien plutôt que de psychiatre. Nadaud lui reproche quelques interprétations psychologisantes, à propos du père de Guattari. Ils évoquent enfin la littérature « mineure » (le Kafka), le trauma de 1939-1945 chez Deleuze (« honte d'être un homme »), l'université de Vincennes et un héritage qui dépasse la philosophie universitaire, à travers la revue Chimères que reprend une nouvelle équipe dont fait partie Nadaud.
Excerpts
Présentation de la complémentarité par Guattari lui-même, lue en ouverture :
“nous sommes très différents l'un de l'autre observe et guattari si bien que les rythme d'adoption d'un thème ou d'un concept sont différents mais il ya aussi bien sûr une complémentarité - je suis davantage portés à des opérations aventureuse de commandos conceptuel disons d'insertion dans des territoires étrangers tandis que gilles possède des armes lourdes philosophique tout une intendance bibliographiques”
Stéphane Nadaud sur l'écriture à plusieurs mains :
“ce qu'il ya d'intéressant dans le travail commun de deleuze et guattari c'est qu'ils nous montrent qu'à deux ils sont beaucoup plus mais ce qui est ça c'est un petit peu ce qu'on la façon dont on peut lire leur travail commun comment est-ce qu à quatre mains on peut écrire comme si on écrivait à une seule main mais je crois que ce qui est beaucoup plus intéressant dans le travail de les et guattari c'est qu'ils nous montrent qu'à deux chacun individuellement travaillé déjà à haisnes main à de multiples mains”
Guattari en 1991, à deux voix sur l'état du monde :
“il faudrait que j'ai plusieurs voix à la fois pour dire des choses contradictoires en même temps arias une voix qui dirait c'est une merde total c'est qu'à travers la catastrophe il impressionne le aller à 200 à l'heure vers un mur [...] mais d'un autre côté il ya une autre voie qui dit bah c'est la tabula rasa assez vite c'est grand nettoyage pas c'est comme si on avait tout débarrasser l'appartement et qu'on pourrait rependre quelque chose”