Walter, Georges & Cluny, Claude Michel & Ducreu-Petit, Maryse & Sammarcelli, Françoise
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Core ideas
L'émission veut défaire la légende d'un Poe ivrogne et opiomane, entretenue jusqu'à ce chauffeur de taxi de Baltimore qui, raconte Georges Walter, insultait encore sa mémoire. Pour Walter, Poe « n'a pas eu de vie », c'est son œuvre qui a vécu. Claude Michel Cluny le décrit comme un « romantique froid », un exalté cérébral, un calculateur désordonné qui ne ressemble à personne de son temps, mal aimé des Anglo-Saxons mais adopté par les Français, plus grand prosateur que poète. Walter retrace l'enfant de comédiens faméliques, orphelin de mère à trois ans, élevé avec raffinement par John Allan, qui le méprise, puis l'alcool et les dettes de jeu à l'université, la rupture et la poésie « par défaut » à dix-huit ans, avec Tamerlan. Lecteur des revues anglaises, Poe comprend la puissance de la presse naissante. Contraint à la brièveté, il pastiche le gothique qu'il déteste parce que « ça marche » (Bérénice), puis le transforme en un système de cas cliniques où l'intelligence et la sensation vont aux extrêmes.
Maryse Ducreu-Petit lit l'œuvre comme une interrogation de l'identité : William Wilson montre qu'on n'a pas d'identité si un autre semblable existe, jusqu'au « vertige de la raison ». Françoise Sammarcelli relève dans Double Assassinat dans la rue Morgue une double scène de voyeurisme, l'orang-outan imitant l'homme qui se rase devant le miroir, qui annonce le stade du miroir de Lacan et la mise à l'écart pensée par Foucault. Sur les femmes, elle décrit une écriture de l'excès et de l'absence : dans Bérénice, la femme est niée jusqu'à n'être que des « petites formes blanches », et dans Ligeia, le « I cannot remember » joue sur l'idée de « redonner forme ». Ducreu-Petit voit dans ces femmes des « figures du gouffre », seules capables de vaincre la mort par leur volonté. Elle reconnaît le traumatisme fondateur de la mort de la mère souligné par Marie Bonaparte. Walter nuance le rôle de l'alcool : contre Baudelaire, ce n'était pas un outil de travail. Un seul verre le rendait malade, et Poe ne se justifie que par les cinq années d'agonie répétée de Virginia.
Sammarcelli montre un Poe qui cherche sa voix par la parodie (Perte d'haleine), pense l'écriture comme une combinatoire annonçant l'intertextualité, et joue sur les frontières entre commentaire et récit dans les contes de Dupin. Ducreu-Petit y voit le modèle des détectives et une tentative de « reprendre la main » sur un monde fuyant, comme la Genèse d'un poème ou Eureka, poème cosmologique qu'admirait Valéry. Cluny montre que la célébrité soudaine du Corbeau en 1845 a conduit Poe à construire après coup le mythe d'un poème entièrement calculé, sans inspiration. Il compare les traductions de Baudelaire, Mallarmé et Pessoa, ce dernier effaçant le nom de Lenore. Sammarcelli rappelle le rôle de Poe comme critique redouté (contre Norman Leslie et Longfellow, pour Hawthorne) et recommande la traduction de Claude Richard. Walter évoque les canulars, comme la traversée de l'Atlantique en ballon, et la mort de Poe à Baltimore un jour d'élection. Il juge probable qu'on l'ait enivré pour le faire voter plusieurs fois, et regrette qu'aucune enquête n'ait été faite.
Excerpts
Claude Michel Cluny sur le personnage de Poe :
“c'est un personnage que je considère comme un un romantique froid c'est un exalté cérébral ce n'est pas du tout la Martine ni mus c'est un calculateur tout à fait désordonné maisès calculateur il est passionné mais ce sont des passions dont je pourrais dire par référence peut-être au Paradis qu'il qu'elles sont artificielles”
Maryse Ducreu-Petit sur l'identité :
“c'est l'interrogation de l'identité est-ce qu'il y a une identité est-ce que moi Edgar allinp j'ai une identité euh la réponse est non la réponse est non la réponse est je suis toujours un peu l'autre la réponse est je suis perméable en permanence à l'autre”
Georges Walter sur l'alcool :
“on n pas le droit de dire que l'alcool était pour lui un moyen de travail une technique pour travailler ce n'est pas vrai parce que quand il buvait un verre il était malade il restait à moitié idiot pendant plusieurs jours”