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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Darriulat, Jacques & Laugier, Sandra

Darriulat, Jacques & Laugier, Sandra

Darriulat, Jacques: philosophe, auteur de cours en ligne sur jdarriulat.net

Laugier, Sandra: philosophe, traductrice de Stanley Cavell

L'entretien est enregistré à Illiers-Combray, dans la maison de tante Léonie, avec des lectures de la Recherche. Il prolonge une conversation commencée dans l'épisode précédent. La dernière partie est le journal des Nouveaux chemins, où Adèle Van Reeth s'entretient avec Sandra Laugier sur Cavell et le cinéma.

Proust à contretemps (4/5) : La lanterne magique (2nd volet)

Rien ne veut rien dire · May 22, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

La conversation reprend sur le geste de Gilberte, que le narrateur découvre bien plus tard comme une invitation obscène. Jacques Darriulat refuse d'en conclure que la littérature serait un rêve qui refoule le réel. Proust ne nie pas la matérialité du désir, qu'il montre crûment chez Charlus. Mais celui qui ne voit que cette matérialité, comme Théodore, passe à côté du désir : seule la remémoration littéraire restitue la charge affective accumulée sur ce point aveugle. Darriulat oppose cette littérature au beau langage de Legrandin, snob qui ne parle bien que pour éviter de dire la vérité. Raphaël Enthoven évoque Elstir, l'artiste accompli du roman, qui sait tenir ensemble distance et proximité et peint les jeunes filles nées du paysage de Balbec. Darriulat cite Spinoza : connaître une chose dans sa singularité, c'est l'inscrire dans le tout auquel elle appartient.

Darriulat oppose les deux côtés de Combray. Celui de Méséglise est ouvert, venteux et solitaire. Celui de Guermantes est un tunnel végétal le long de la Vivonne, qui mène à une source jamais atteinte, simple lavoir à la fin du Temps retrouvé. L'église Saint-Hilaire en est l'initiatrice. Ses vitraux fonctionnent comme la lanterne magique où Golo poursuit Geneviève de Brabant, et sa pierre est devenue malléable : le bénitier creusé par les doigts des paysannes, les inscriptions funéraires qui coulent « comme du miel ». Cette « perspective déformante du temps » annonce la dernière matinée chez les Guermantes, où les visages vieillis laissent paraître la mère sous le fils ou la femme sous l'homme viril. L'église devient un sanctuaire, une bulle d'éternité que l'écriture veut étendre à toute une vie. Avec la Sibylle de Cumes, Darriulat distingue l'éternité de l'immortalité : le temps illimité est un enfer, l'éternité est le rassemblement du temps dans un présent total. Proust en fait une expérience réelle, sans au-delà, que seule Françoise comprend.

Pour Darriulat, la mémoire authentique, détachée de l'action selon Bergson, saisit « un peu de temps à l'état pur ». C'est pourquoi le narrateur prête attention à l'inutile, aubépines, nuages, carillon, en dépouillant les objets du filtre de l'homo faber. Proust disait d'ailleurs utiliser non un microscope mais un télescope tourné vers l'abîme du temps. La vérité est dans le détail, où le particulier, simple exemple d'une règle, devient singulier, porteur de sa propre loi. La déception devant le porche de Balbec, réduit à la « tyrannie du particulier », en est l'envers. Darriulat lit enfin le côté de Guermantes comme le déploiement dans l'espace de l'intimité close de l'église, jusqu'à la crypte et à l'entaille du tombeau mérovingien. Dans le journal, Sandra Laugier présente les comédies hollywoodiennes de Cavell et le cinéma comme « image mouvante du scepticisme », un monde réel dont nous sommes absents.

Excerpts

Jacques Darriulat sur le désir et la littérature :

“celui qui ne voit que la materalité du désir ne voit pas le désir en fait il passe à côté de la réalité alors que c'est au contraire la véritable littérature qui sera restitué toute le la charge affective qui se cristallise sur ce surgissement du réel que le langage à moins d'être très artiste refoule”

Jacques Darriulat sur l'éternité :

“l'éternité n'est donc pas l'illimitation du temps mais plutôt le rassemblement du temps dans la totalité d'un présent c'est la possibilité donc c'est un acte de mémoire c'est ce que fait la mémoire c'est ce que va faire l'écrivain en étendant toujours davantage l'horizon de la mémoire il rassemble le temps dans dans l'unité d'une œuvre”

Raphaël Enthoven sur l'attention à l'inutile :

“il passe son temps à s'intéresser à ce qui est inutile or pourquoi le fait-il parce que précisément il dépouille les objets de leur utilité du filtre de l'utilité qui est celui de l'homophabè qui est celui de l'homme qui qui se sert des choses finalement pour avancer dans la vie”