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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Eltchaninoff, Michel & Girard, René & Catteau, Jacques & Simon, Claude & Crépu, Michel & Bonnaffé, Jacques

Eltchaninoff, Michel & Girard, René & Catteau, Jacques & Simon, Claude & Crépu, Michel & Bonnaffé, Jacques

Eltchaninoff, Michel: philosophe, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, auteur de Dostoïevski, le roman du corps et de Dostoïevski, roman et philosophie

Girard, René: archive

Catteau, Jacques: spécialiste de Dostoïevski, archive

Simon, Claude: archive

Crépu, Michel: directeur de la NRF, chronique des revues

Bonnaffé, Jacques: comédien, chronique poétique

Dostoïevski (3/4) : Un corps omniprésent

Rien ne veut rien dire · Nov 26, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité ; l'émission inclut une chronique sur la *NRF* et une chronique poétique sans rapport avec Dostoïevski.

Core ideas

Michel Eltchaninoff, auteur de livres sur les idéologies de Vladimir Poutine et de Marine Le Pen, relie ces travaux à Dostoïevski, qui décrit des êtres « possédés » par des idées passant de l'intuition personnelle à l'idéologie froide et néfaste des Démons. Il rappelle que Poutine cite un Dostoïevski réactionnaire et anti-occidental, alors que l'écrivain fut tour à tour fouriériste, réactionnaire après le bagne, puis intéressé par les populistes, et porteur de contradictions. Contre l'archive de René Girard, qui voit dans l'homme du souterrain l'échec comique de la volonté de puissance que Nietzsche n'a pas su peindre, il rappelle que Nietzsche a découvert les Carnets du sous-sol en y reconnaissant un « proche ». Dostoïevski lui a appris la psychologie du ressentiment, de la mauvaise conscience et du « type du criminel ». Ses personnages conceptuels ont nourri Nietzsche, Freud, Heidegger, Camus et Levinas.

Dostoïevski se disait « faiblard en philosophie », mais Chestov voyait dans le refus de « deux et deux font quatre » par l'homme du sous-sol la véritable critique de la raison pure, une révolte contre le scientisme et le socialisme scientifique. Eltchaninoff refuse de systématiser le romancier en extrayant les idées des personnages : la philosophie de Dostoïevski se trouve dans le matériau romanesque lui-même. Il commente l'éthique du starets Zossime, « chacun est coupable pour tous », qui universalise la culpabilité à la manière de Kant et annonce Levinas, en la rattachant au meurtre du père de Dostoïevski par ses serfs et au parricide des Frères Karamazov. Après l'archive de Jacques Catteau, il décrit une liberté qui n'est pas un cadeau : on préfère qu'un maître dise comment vivre, et les nihilistes partent de la liberté illimitée pour aboutir au despotisme illimité.

Contre Nabokov, qui jugeait Dostoïevski incapable de saisir la corporéité, Eltchaninoff soutient que le corps n'est pas absent mais déplacé hors du visible : il passe par la maladie, la violence, l'atmosphère électrique des scènes et surtout la voix. D'où le bavardage des personnages, dont les manières de parler sont décrites avec bien plus de soin que l'apparence. « Toute conscience est une maladie », dit l'homme du sous-sol, et la maladie devient un rapport au monde, comme l'épilepsie de Mychkine dans L'Idiot, dont l'aura est lue dans l'émission. Mychkine, qui ne résiste jamais à autrui, acquiert une aura christique puis échoue, contaminé par ses « bouffons ». Après l'archive de Claude Simon, Eltchaninoff fait de Dostoïevski un précurseur du nouveau roman, qui reprend les codes du roman-feuilleton pour des intrigues métaphysiques. Il rappelle la polyphonie analysée par Bakhtine, où l'auteur laisse ses personnages libres, et voit en lui le peintre d'une ère sans autorités où chacun cherche une voie dans un monde chaotique.

Excerpts

Michel Eltchaninoff sur la philosophie inscrite dans le roman :

“au lieu d'extrapoler sur les idées exprimées par les personnages, sur euh Dieu, la mort, le mal, et bien moi ce qui m'a intéressé de réancrer la l'interrogation philosophique dans véritablement le matériau romanesque lui-même. C'estàdire dans la manière dont est écrit le dont ce est écrit le roman.”

René Girard, en archive, sur l'homme du souterrain :

“Je pense que Dostoyevski a réussi à faire ce que Nietzsche n'a jamais réussi à faire, c'est-à-dire à présenter la face négative, l'échec de la volonté de puissance. L'homme du souterrain, c'est l'échec de la volonté de puissance. Lorsqu'il est tout seul avec lui-même, il fait des rêves grandioses où il influence toute la planète [...] Dès qu'il se trouve en face de l'autre, il est réduit à rien du tout.”

Michel Eltchaninoff sur le corps hors du visible :

“il y a une sorte de transfert du corps, du domaine du visible vers le domaine non pas du mystique, non pas de l'irrationnel, mais vers le flux de la vie corporelle. Et c'est ça qui fait à mon avis que les idées de de Dostoyevski chez Dostoyevski sont toutes imprégnées de corporé. Ces idées qui sont exprimées dans ces romans sont exprimées par des corps, des corps malades, des corps nerveux, des corps qui vivent.”