Pouilloux, Jean-Yves & Atlan, Henri
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Core ideas
Raphaël Enthoven présente les Essais comme un chef-d'œuvre de philosophie, malgré l'absence de système : en se disséquant, Montaigne se débarrasse un peu du moi pour regarder le monde. Jean-Yves Pouilloux, qui disait il y a quarante ans « Montaigne est philosophe » contre littéraires et philosophes réunis, montre qu'il n'y a pas pour lui de grand ou de petit sujet : « tout argument m'est également fertile ». Les idées ne sont pas dans un ciel platonicien mais charnelles, nées des passions et des sens, que la morale classique écartait. Montaigne est « sur la chasse et non sur la prise ». Il éprouve la manière dont ses représentations se forment, comme on sonde un gué. Pouilloux lit le « connais-toi toi-même » de Delphes non comme une introspection mais comme une épreuve de ses limites, en citant Plutarque à la fin de l'Apologie de Raymond Sebond : nous n'avons aucune communication à l'être, nous vivons dans le passage. Enthoven rappelle aussi la gradation des simples, des habiles et des « métis » qui troublent le monde, que Pascal reprendra.
Pour Pouilloux, les Essais visent deux biens : la justice, ou du moins être le moins injuste possible chez un témoin des guerres de religion, et la paix avec soi. Contre la lecture stoïcienne et chrétienne de « que philosopher c'est apprendre à mourir », il insiste sur le plaisir comme base de l'accord avec soi. Il récuse le reproche de complaisance de Rousseau : Montaigne s'étonne de lui-même, « monstre » qu'il traque sans pitié. Le mensonge dissout la société, et l'« art de conférer » réclame un affrontement loyal des idées, quand ses contemporains, comme les nôtres, ne cherchent que l'accord. La tolérance, pour Montaigne, n'est pas confortable : il a été « pelaudé à toutes mains ». Il s'accommode de ses « plis », coutumes et habitudes, avec deux limites absolues, le mensonge et la cruauté.
Enthoven souligne le double visage de Montaigne. Il est subversif quand il rapporte nos grandes options à des hasards, chrétiens comme on est périgourdin, ce que Nietzsche reprendra. Il est conservateur quand il conseille de suivre la coutume du lieu. Pouilloux explique que les réformés avaient peut-être raison sur le fond, mais avaient tort de vouloir changer un État qui tient par sa pesanteur, comme la Poneropolis de Philippe de Macédoine. Les lois tiennent leur autorité non de leur justice mais de ce qu'elles sont lois, leur « fondement mystique », formule que Pascal juge dangereuse à dire. Montaigne n'est pas cynique pour autant : « le maire et Montaigne ont toujours été deux », il faut vivre du monde tel qu'on le trouve. La lucidité sur les petites causes (le nuage qui fait pencher le juge) conduit à une révolution intérieure difficile : « quand je danse, je danse ». Dans le journal, Henri Atlan présente l'auto-organisation et un vivant « post-génomique », où les organismes contrôlent les gènes autant que l'inverse.
Excerpts
Jean-Yves Pouilloux sur les idées charnelles :
“on a dit de Platon qu'il avait un ciel d'idées pour monig c'est vraiment pas du tout la question les idées pour lui sont charnelles les idées sont corporelles elles sont nées des passions nous saons nous vient des sens et ce mouvement corporel ce mouvement qui est de l'émotion de la colère de de l'ambition enfin toutes les choses qui sont par la philosophie morale classique mise à l'écart Montaigne au contraire les met au centre”
Jean-Yves Pouilloux sur la tolérance :
“sa tolérance a fait qu'il qu'il était au guelf Gibelin au Gibelin j'étais gu c'est-à-dire je fus pelodé on m'a pris la peau à toutes mains de tous les côtés et on voit très bien comment au contraire de d'être une position confortable d'être d'être tolérant est une position extrêmement menacée extrêmement inconfortable”
Montaigne sur l'autorité des lois (lecture de « De l'expérience ») :
“disons maintenant que les lois se maintiennent en crédit non parce qu'elles sont justes mais parce qu'elles sont des lois c'est le fondement mystique de leur autorité elles n'en ont pas d'autres cela leur est très profitable et qui leur obéit parce qu'il les croit justes rébit pas par où il faut”