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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Devreese, Daisy & Grawitz, Madeleine & Ragon, Michel & Nataf, André

Devreese, Daisy & Grawitz, Madeleine & Ragon, Michel & Nataf, André

Devreese, Daisy: chercheuse à l'Institut international d'histoire sociale d'Amsterdam, spécialiste de la Première Internationale

Grawitz, Madeleine: politologue, biographe de Bakounine

Ragon, Michel: écrivain

Nataf, André: écrivain

Une partie de l'émission est enregistrée dans la salle d'études de l'Institut international d'histoire sociale d'Amsterdam, devant les manuscrits de Bakounine de la collection Max Nettlau.

MIKHAÏL BAKOUNINE (1814-1876) ou l'ouragan révolutionnaire – Une vie, une œuvre [1994]

Rien ne veut rien dire · Feb 5, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Daisy Devreese décrit l'irruption d'un géant de près de deux mètres dans le Jura suisse. Ce noble russe a étudié la philosophie à Moscou et à Berlin et s'est battu sur les barricades de Dresde en 1849 aux côtés de Wagner. Livré au tsar, il passe par la forteresse Pierre-et-Paul et la Sibérie, puis s'évade par le Japon et l'Amérique jusqu'à Londres. Madeleine Grawitz insiste sur un Bakounine hostile à l'assassinat (« vider les poches, pas verser le sang »), plus célèbre que Marx en son temps et prophète de l'autoritarisme qui mènera de la Première Internationale à Lénine et Staline. Elle retrace la biographie : une enfance « paradisiaque » à Priamoukhino, l'opposition à une mère autoritaire, l'arrachement à l'armée à 14 ans, l'amour peut-être incestueux pour sa sœur Tatiana et la controverse sur son impuissance. Viennent ensuite la conversion à la politique à Berlin, avec l'article signé Jules Elysard (« la passion de la destruction est une passion créatrice »), puis Herwegh, Weitling, George Sand, Proudhon et la mission de libérer les peuples slaves. Elle cite le récit de 1848 dans la Confession, où Bakounine loue les ouvriers parisiens.

Michel Ragon dégage les principes de l'anarchisme. La phrase « je ne deviens vraiment libre que par la liberté des autres » s'oppose au « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » de Saint-Just. Le pouvoir doit être détruit et non conquis, car celui qui conquiert l'État le garde. Se libérer de la société et de ses préjugés est plus difficile que de renverser l'État, comme le disait déjà Proudhon avec sa « capacité » révolutionnaire. Enfin, il ne faut pas mythifier le prolétariat ni sa dictature. Devreese rattache la fédération de communes libres à Proudhon et montre que l'audience de Bakounine se trouvait parmi les artisans spécialisés (horlogers du Jura, soyeux de Lyon, lainiers de Verviers) menacés par l'usine, une réalité « si réactionnaire qu'elle en devient révolutionnaire ». Elle reconnaît pourtant l'impraticabilité des communautés de producteurs libres. André Nataf lit la Confession au tsar comme un « transfert » psychanalytique qui libère Bakounine de la figure du père, tout en notant qu'il refusa de livrer des noms. Il présente Netchaïev comme la part d'ombre nihiliste de Bakounine, qui s'en est laissé séduire. Il évoque aussi la vie fastueuse menée aux frais de Cafiero et son goût de la dépense.

Grawitz raconte la calomnie de l'espion russe reprise par le journal de Marx, la séduction passagère de Marx en 1864, l'Alliance de la démocratie socialiste (athéisme, propriété collective, abolition de l'héritage) et la découverte de la démocratie suisse. Elle évoque l'échec de la Commune de Lyon en 1870, quand Bakounine voulait faire de la guerre une guerre révolutionnaire alors que Marx souhaitait la victoire allemande, puis l'exclusion au congrès de La Haye en 1872, préparée selon elle de façon peu reluisante. Ragon replace l'antisémitisme de certains écrits dans une gauche du XIXe siècle qui assimilait le Juif au capitaliste, antisémitisme qu'il retrouve chez Marx lui-même. Devreese suit la postérité de Bakounine : syndicalisme révolutionnaire et CGT, guerre d'Espagne, affiches « Bakunin is back in town » en 1968 et badges anarchistes des lycéens de Varsovie en 1981. Ragon y ajoute une esthétique de la libération du corps et de la fête, du Living Theatre à John Cage. L'émission se termine à Lugano, sur l'élevage de grenouilles de Bakounine, sa mort à Berne en 1876 et sa tombe où il est inscrit « rentier », comme Marx.

Excerpts

Madeleine Grawitz sur la Première Internationale :

“cette Première Internationale pour moi est passionnante parce qu'elle contient en germe toute la suite l'autoritarisme de Marx c'est la première internationale et tout ce qui a suivi Marx c'est-à-dire Lénine et même Staline et ses déviations ça vient de la Première Internationale”

Michel Ragon sur la destruction du pouvoir :

“le pouvoir ne doit pas être conquis mais il doit être détruit c'est une phrase de bacounine les marxistes vont toujours préconiser la conquête de l'État la conquête de l'État au profit d'ailleurs disait Lénine de la destruction euh de l'État mais la destruction plus tard”

Daisy Devreese sur les artisans menacés :

“il s'agit d'une réalité sociale que je ne qualifieraiis même pas de réactionnaire ou alors de tellement réactionnaire qu'elle en devient révolutionnaire”