Dastur, Françoise & de Buzon, Frédéric
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Core ideas
L'émission entre dans Heidegger par La Mort d'Ivan Ilitch, le seul texte littéraire que cite Être et Temps à propos de l'angoisse : un homme qui sait que « Caïus est mortel » mais découvre qu'il n'est pas Caïus. Françoise Dastur rappelle que Heidegger accorde aux dispositions affectives un accès plus fondamental à ce que nous sommes que l'entendement. L'angoisse, à la différence de la crainte, n'a pas d'objet : nos peurs, comme les phobies, sont des manières de lui donner un objet pour la rendre localisable et supportable. Elle insiste sur l'Unheimlichkeit, l'« inquiétante étrangeté » étudiée aussi par Freud en 1919 : le sentiment de ne pas être chez soi est selon Être et Temps le phénomène le plus originaire, ce qui contredit l'image d'un Heidegger penseur de l'enracinement. L'angoisse n'est ni héroïque ni nihiliste. C'est une épreuve qui arrache l'existant à l'anonymat du « on » et le rend singulier, puisque personne ne peut mourir à sa place. L'animateur propose d'inverser cause et effet : on n'est pas angoissé par l'émission, c'est l'angoisse latente qui fait que l'émission stresse. Dastur répond que les motifs ne sont que des « occasions », comme dans la phrase de Cioran sur les déboires administratifs, seul motif recevable de suicide.
La quotidienneté est ambivalente : l'habitude permet d'« habiter », mais elle dissimule notre étrangeté à nous-mêmes. L'angoisse est donc à la fois toujours là et rare, parce que nous nous « arc-boutons » contre elle. Le passage de Qu'est-ce que la métaphysique ? décrit le « glissement » de l'étant dans son ensemble, où il ne reste « rien » à quoi se tenir. Dastur précise que ce rien est celui de l'utilisable : les choses perdent leur familiarité et se montrent insolites, sans que ce soit le néant opposé à l'être. Elle rapproche cette perte de l'« évidence naturelle » de celle du schizophrène, dont les mots ressemblent parfois à l'expérience philosophique du « dépaysement », à la différence près qu'il ne la choisit pas et n'a plus les armes de la quotidienneté. L'animateur évoque aussi Camus et les « décors qui s'écroulent » du Mythe de Sisyphe.
Dastur situe Heidegger par rapport à ses sources, Augustin, Luther et Kierkegaard. Chez Kierkegaard, l'angoisse est liée au péché et à la liberté de défier Dieu. Chez Heidegger, elle révèle qu'il n'y a pas d'infini et nous voue à un monde et à une temporalité finie. Elle souligne l'écho du divertissement pascalien et décrit le bavardage comme le mode inévitable de la vie quotidienne. L'angoisse peut se retourner en thaumazein, l'émerveillement devant le fait qu'il y ait quelque chose plutôt que rien, un étonnement qui selon Heidegger commande toute la philosophie et qu'aucune explication ne dissout. Dastur regrette la traduction d'eigentlich par « authentique », mot récupéré jusque par la publicité, et préfère « propre ». La seule conscience propre de la mort est celle de son imminence, qui peut arriver à tout moment. Dans le journal, Frédéric de Buzon présente le volume III des Œuvres complètes de Descartes. Le Discours de la méthode fut écrit après la Dioptrique, publiée prudemment après la condamnation de Galilée. Ce traité, qui comporte une théorie de la perception, contredit la lecture d'un Descartes pour qui les sens nous trompent.
Excerpts
Françoise Dastur sur les peurs comme masques de l'angoisse :
“il va même jusqu'à dire que nos peurs finalement ce sont des manières pour nous de nous masquer l'angoisse parce que nous leur donnons un objet [...] c'est le phénomène des phobie on le connaît bien n'est-ce pas avoir peur de telle ou telle chose du vide ou de tel ou tel animal par exemple et bien c'est est une manière de donner un objet à une angoisse beaucoup plus latente”
Françoise Dastur sur le phénomène le plus originaire :
“on a toujours accusé Heger n'est-ce pas d'être un penseur de l'enracinement de la haat c'est-à-dire du lieu natal or en réalité il nous dit quelque chose de tout à fait bouleversant dans être éant il nous dit que ce sentiment d'être de ne pas être chez soi est le phénomène le plus originaire”
Françoise Dastur sur la différence avec Kierkegaard :
“ce que ce que l'angoisse me révèle pour ager c'est justement que il n'y a pas d'infini n'est-ce pas que l'infini est une illusion et c'est pourquoi je je je l'angoisse me vooue au monde elle ne me place pas devant Dieu ce qui est le cas de kirkegarde”