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Cioran, Emil

essayiste roumain installé à Paris depuis 1937, auteur du Précis de décomposition

Des idées et des hommes : entretien avec Emil Cioran (1950)

Rien ne veut rien dire · Feb 15, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ dix-huit minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, très altérés par endroits : certaines réponses de Cioran sont reconstituées avec prudence)

Core ideas

L'étranger et l'Occident finissant. L'animateur présente Cioran, né en Roumanie en 1911, dont le Précis de décomposition a obtenu le prix Rivarol : « un pamphlet philosophique violent » fait de courts chapitres, qui accuse le monde tel que l'homme l'a fait. Interrogé sur la condition de l'étranger, Cioran pense moins à Athènes qu'à Rome : le sophiste grec ou le théologien venu d'ailleurs dans une Rome qui avait perdu toute foi, solitaire sans point d'appui dans une civilisation vidée de sa substance. Il dit s'être installé dans un Occident qui a lui-même perdu sa foi et affirme avoir ressenti depuis longtemps un manque de vitalité : « l'Occident est certainement condamné et inconsciemment tout le monde le sait ». Il se réfère à l'étude de la fin de l'Empire romain (Gibbon) et à l'état d'esprit de Rome avant l'invasion : éclectisme, incapacité à produire des idées originales, diminution d'intensité sur tous les plans, y compris religieux.

Détachement et idoles. L'animateur lui oppose que l'Occident est un ensemble plus vaste qui s'étend aux colonies intellectuelles de l'esprit occidental. Cioran dit se considérer lucidement comme détaché de tout, comparable à un moine bouddhiste sur les boulevards, tout en admettant qu'en pratique il ne l'est pas, et que ce détachement est subi plus que choisi. Il évoque les admirations successives (la métaphysique allemande, puis les moralistes français comme Joubert, Bergson) dont il s'est détaché, et le texte du Précis : « je me suis forgé d'innombrables idoles », avec la conséquence que l'admiration elle-même s'use. Le Bergson de l'élan vital lui est devenu insupportable quand il a compris le « côté tragique de la vie qui pousse à se détruire ».

Le tragique, seul valable. Pour lui, la vision la plus juste de la vie est celle du tragique (Shakespeare, Macbeth), échelle où l'âme est face aux dieux, et tout ce qui n'est pas tragédie est accidentel. Interrogé sur la généralisation de son destin (patrie perdue, dieux devenus idoles de bois pourri), il pense que ce modèle deviendra la fatalité de tous, parce que tout est provisoire et qu'il n'y a plus de parti, au sens où tout le monde est déraciné.

Excerpts

“« ce précis de décomposition est un pamphlet philosophique violent »”

“« l'occident est certainement condamné et inconsciemment tout le monde le sait »”

“« je me suis forgé d'innombrables idole »”