Grimal, Pierre & Veyne, Paul & Canali, Luca & Voisin, Jean-Louis & Matzneff, Gabriel & de Montherlant, Henri
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Core ideas
Henri de Montherlant (archive) voit dans le buste de Sénèque le visage tourmenté qu'on prête à l'homme des livres, et Gabriel Matzneff raconte un Sénèque découvert dans Quo vadis et les péplums, plus présent dans son journal d'adolescent que Sartre ou Camus. Pierre Grimal distingue trois Sénèque : le moraliste stoïcien qui méprise passions et insultes, l'auteur de tragédies qui fait jouer les passions en connaisseur, et l'homme politique qui gouverna l'Empire, et bien, pendant cinq ans. Il explique cette contradiction par le devoir stoïcien d'être utile aux hommes, animaux sociaux. Il retrace un ascétisme adolescent soigné en Égypte chez un oncle préfet, l'initiation à une philosophie qui apprend non à ne pas sentir la douleur mais à ne pas en être vaincu, la vie comme un combat de soldat contre la Fortune. Matzneff aime un Sénèque concret, opposé à Platon, et des contradictions qui font son charme. Paul Veyne explique que la richesse d'un philosophe milliardaire n'était pas choquante à Rome : le stoïcisme ne loue pas la pauvreté, il demande de s'y préparer par des simulacres, et la fortune conditionnait l'autorité sénatoriale.
Luca Canali décrit un courtisan qui connaissait les rouages et les vices de la cour, compromis avec le régime, mais qui ne prétend pas monter en chaire. Il le présente comme un fruit de son époque, dont la grande humanité tient à ne jamais se faire juge sévère d'autrui. Grimal retrace la carrière : le De ira adressé à Claude, l'exil en Corse sous Messaline et les flatteries de la Consolation à Polybe, qu'il défend comme le langage obligé de la cour, tandis que l'Apocoloquintose montre sa vraie pensée. Il évoque ensuite le rappel par Agrippine en 49 comme précepteur de Néron et garant d'un retour au principat libéral d'Auguste. Il souligne des écrits qui sont des méditations morales pour se persuader soi-même, un stoïcisme hérétique nourri d'Épicure, des livres faits « pour les époques atroces ». Veyne présente le stoïcisme comme une « recette de bonheur », une thérapeutique proche du yoga, promettant un bonheur qu'il ne donne jamais mais qui discipline le moi. Il souligne aussi ses deux conformismes : l'ordre social et l'esclavage jugés naturels, et une idée étroite et antiromanesque du bonheur. Matzneff ajoute que les moines chrétiens connaissent mieux que Sénèque la difficulté de la conversion.
L'intervenante prénommée Colette voit dans Médée ou Hercule furieux un théâtre baroque d'une force extraordinaire, où les personnages vont au bout de leurs passions, et dans toute l'œuvre une réflexion sur le pouvoir. Elle relève aussi l'éloge de la folie qui clôt De la tranquillité de l'âme. Veyne et Grimal racontent le tournant de 62, quand Néron met « l'imagination au pouvoir ». Sénèque recule « pied à pied », rend sa fortune, écrit une lettre de neutralité puis une analyse cryptée du prosélytisme du plaisir, avant d'être emporté par la conjuration de Pison. Jean-Louis Voisin décrit le suicide d'avril 65 : la parcelle de liberté qui reste dans la mort ordonnée, le modèle de Caton, les veines ouvertes à trois reprises, la ciguë, l'étuve et la libation à Jupiter Libérateur, une mort plus fidèle à la tradition romaine de l'exemple qu'au stoïcisme. Canali conclut que Sénèque, auteur de tragédies, est devenu le protagoniste de sa propre tragédie.
Excerpts
Pierre Grimal sur l'enseignement stoïcien :
“ne disons pas que on apprenait à ces apprentis philosophes à ne pas ressentir la douleur mais à ne pas se laisser vaincre par elle et [sénèque] dans toute sa vie a été fidèle à cet enseignement [...] nos amis les philosophes ne sont pas insensibles mais ils sont capables de surmonter les les élans de leur sensibilité”
Paul Veyne sur la richesse de Sénèque :
“ne prenons pas le stoïcisme pour une doctrine chrétienne qui loue la pauvreté [...] tout ce que dit le stoïcisme c'est que vous soyez riche ou pas [...] habituez-vous [...] à l'idée que vous pourriez devenir très pauvre pour s'habituer [...] à cette idée il faut faire quelques simulacres”
Paul Veyne sur le stoïcisme comme recette de bonheur :
“le stoïcisme promet un bonheur que naturellement il n'a il ne pouvait donner et n'a jamais donné à personne mais en revanche il se passait ceci en cherchant ce bonheur [...] les gens pendant ce temps-là faisaient des exercices qui permettaient à ceux qui avaient des difficultés caractérielles de trouver ensemble un équilibre dans une discipline du moi”