Tilliette, Xavier & Guitton, Jean & Antoine, Gérald & Schumann, Maurice & Attias, Maurice & Épin, Marianne
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Core ideas
Le père Xavier Tilliette fait de Claudel « notre Dante », dont la vocation poétique se confond avec la foi. Son catholicisme, au sens d'universel, est une immense respiration qui dilate les vrais croyants et asphyxie les autres. Autrefois rejeté pour son baroque, son obscurité et l'image d'un homme d'argent installé, Claudel est aujourd'hui jugé trop triomphaliste, pas assez œcuménique. Jean Guitton raconte sa première rencontre avec un « monstre sacré », bloc sans cou devant lequel on avait l'impression de ne pas exister, mais qui répondait aux inconnus avec le soin d'une encyclique, chaque matin après la prière et sans rature. Il décrit un anachronique qui vivait entre le passé le plus lointain et l'éternité, indifférent à la politique du moment, au point, selon lui, de passer de Pétain à de Gaulle avec le même poème. En philosophe, il vénère le poète visionnaire plus que l'auteur de l'Art poétique. Gérald Antoine retrace les racines picardes du Tardenois et vosgiennes, un père « féroce et insociable », et deux maîtres, Rimbaud, bouffée d'air spirituel dans une époque positiviste, et Mallarmé.
Antoine montre que l'œuvre repose sur le dialogue d'Animus et d'Anima, de l'ordre et du désir. Le diplomate bourgeois coexiste avec l'homme de désir, pour qui la poésie est « un état de désir ». Le drame intime du croyant serait que le désir comblé tuerait le poète. Antoine voit dans le taoïsme une source de cette pensée du vide et de l'infini dans le fini. Maurice Schumann raconte Claudel découvrant Partage de midi dans la loge de la reine Élisabeth, rappelle que Léon Blum avait prédit sa postérité vers 1905, et fait de lui le Rimbaud du XXe siècle. Maurice Attias veut débarrasser Claudel de sa cour et de sa bigoterie. Il fait lire ses vers à haute voix en respirant aux césures, et aime les premières versions de Tête d'or et de L'Échange : une langue violente et concrète, une « littérature du ventre » qui charrie l'abjection, tenue par le verbe. Marianne Épin décrit des personnages féminins plus puissants que les hommes, femmes inaccessibles liées à la nature et à l'histoire, comme Sichel et Lumîr dans Le Pain dur.
Antoine souligne aussi l'humour et la gourmandise de Claudel, un catholicisme « les bras ouverts » opposé aux jansénistes, et le mot « jubilation » : la joie humaine comme symbole de la joie divine. Il relève la querelle avec Gide, « un homme sans pente ». Le cardinal Decourtray évoque plus de six mille pages de commentaires bibliques, longtemps reçus comme un scandale pour leur violence contre l'exégèse scientifique, que Claudel défendait comme on défend la femme aimée. Il revient sur la conversion du 25 décembre 1886 à Notre-Dame, la Bible protestante prêtée par Camille et la Sagesse des Proverbes. Il voit dans le commentaire du Cantique des cantiques les plus belles pages de la littérature mariale, proches selon Levinas de la lecture midrashique, où sonorité et sens comptent autant que le concept. L'émission se clôt sur l'ouverture que Claudel, avec Bloy et Péguy, a apportée au catholicisme, et sur ses derniers mots : « Laissez-moi seul, je n'ai pas peur ».
Excerpts
Jean Guitton sur sa première rencontre avec Claudel :
“j'avais l'impression d'être devant un être tout à fait hors du commun extraordinaire je dirais si vous voulez un seul mot une force [...] et puis en même temps [...] il était un type de l'au delà d'éternité de la fois enfin de la surnature je dis bien [...] d'un monstre sacré au sens profond du terme”
Gérald Antoine sur le drame intime du croyant :
“je suis poète je suis le porte parole de dieu mais pour être poète je dois être un homme de désir et si par hypothèse mon désir était comble et je cesserai d'être poète”
Maurice Attias sur la langue de Claudel au théâtre :
“quand on le débarrasse de tout [...] de tout message religieux bigot je ne sais quoi tout à coup on arrive à une langue violente et [...] très concrète très violente et moi c'est ça qui me plaît”