Suhamy, Ariel
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Core ideas
Contre l'ignorance : commencer par le positif. L'émission commence par l'appendice de la première partie, où Spinoza refuse les causes finales et dénonce l'asile de l'ignorance : la théologie négative (Dieu est inconnaissable) et la superstition qui fait de l'ignorance une vertu. Suhamy rappelle que Spinoza commence, à l'inverse, par une définition positive de Dieu, construite par l'entendement du lecteur (cause de soi, substance, attribut, Dieu), avant de dégager les préjugés ; « les hommes naissent ignorants », donc dans la servitude, et ne se libèrent que par la connaissance des causes, jusqu'à la première cause. Dieu est une substance constituée d'une infinité d'attributs, qui existe nécessairement car son essence enveloppe l'existence, et l'homme n'est pas sa créature à son image mais un mode, une partie de sa puissance, non un « empire dans un empire ».
Nécessité, liberté, contingence. Dieu, tout-puissant, ne peut qu'agir en acte : tout ce qui est possible est réalisé, il n'y a pas de volonté arbitraire (proposition 17), et « la liberté, c'est le fait d'agir en conformité avec les lois de la nature » ; liberté et nécessité ne s'opposent pas (la liberté s'oppose à la contrainte). « Il n'y a pas de contingence dans la nature du tout » : elle n'existe que pour notre ignorance des causes, ce qui n'est ni fatalisme (on peut connaître les causes et agir) ni destin. Les modes ne sont pas passifs : plus on développe sa part de puissance divine, plus on devient actif, puissant, joyeux, éternel. Le rationalisme de Spinoza est absolu (il n'y a rien d'incompréhensible en Dieu), et il vise néanmoins à réaliser les promesses de la religion (salut, béatitude), la philosophie étant « la forme supérieure de la religion » une fois la superstition retirée.
Perfection, morale et politique. Contre un Dieu juge, souverain, vengeur, anthropomorphe, indifférent à l'homme (le Dieu de la superstition), Spinoza redéfinit la perfection comme réalité (proposition 33 : les choses ne pouvaient être produites autrement) et ne connaît pas de bien et de mal absolus, mais du bon et du mauvais relatifs à chaque mode ; l'éthique n'est pas une morale (Deleuze). L'enjeu est aussi politique : le dieu vengeur et les « lois divines » sont l'instrument des superstitieux qui manipulent les foules pour qu'elles combattent « pour leur servitude comme si c'était pour leur salut ». Ariel Suhamy annonce enfin ses recherches sur la controverse sur la prédestination au IXe siècle (Les Heures de la nuit).
Excerpts
“« les hommes naissent ignorant »”
“« la liberté c'est le fait d'agir en conformité avec les lois de la nature »”
“« il n'y a pas de contingence dans la nature du tout »”