Soupault, Philippe
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Un bourgeois qui fait rire les bourgeois. Labiche naît à Paris à la fin de l'Empire, vit en pleine époque romantique, mène la vie d'un bourgeois aisé (château en Sologne, maire de son village) et reste ami des paysans. Les intervenants se demandent pourquoi cet auteur, applaudi depuis plus d'un siècle, qui critique sa classe, n'a jamais été perçu comme subversif : Jacques Laurent le situe comme « un bourgeois qui fait rire les bourgeois avec les bourgeois », dont le public ne s'inquiète pas des critiques ; René Clair rappelle qu'une société à structures solides (jeunes filles qui ne peuvent se marier sans consentement, prison pour dettes, rente stable de l'étalon-or, pas d'impôt sur le revenu) est la providence des auteurs dramatiques. Aujourd'hui, ce sont les caractères et l'emphase du XIXe, dans la langue et la politique, qui subsistent et que Labiche critique : comme Musset, il est un romantique qui fait la critique du langage romantique.
L'argent, le mariage, la dot. L'argent est omniprésent chez Labiche, avec une complaisance pour les détails financiers qui tient à la victoire de la bourgeoisie sur la noblesse. Le mariage y est une association d'affaires (la scène des Petites mains ou du Voyage de monsieur Perrichon), jusqu'à la comédie tardive La Poudre aux yeux et Le Poignard, où tout, amour et amitié, disparaît devant la dot. Soupault y voit un annonciateur de Becque et de Mirbeau. Son technique est celle d'un scénariste : il fait éclater le cadre du théâtre, avec un sens du mouvement et une improvisation possible que n'offre pas la mécanique de Feydeau. Il introduit la comédie de mœurs dans le vaudeville (de Un chapeau de paille d'Italie à Perrichon), défend les « jobards » (ceux qui croient à l'amitié, à la probité) et annonce le théâtre d'adultère de la fin du siècle.
Le secret de Labiche. Soupault et Laurent évoquent le roman de jeunesse que Labiche a retiré, La Clé des champs (1839 ?), où le jeune Émile, déçu par l'amour, songe au suicide : « le suicide est une arrogante conquête de la matière créée sur la puissance créatrice ». Un chagrin d'amour (peut-être pour une actrice) aurait fait de lui un moraliste cynique et un bourgeois tranquille ; la dernière page dit que la poésie, rêveuse mécontente, est « la pire des choses à mettre en pratique » dans une société organisée. Le secret serait là : le drame intime transformé en rire.
Excerpts
“« un bourgeois qui fait rire les bourgeois avec les bourgeois »”
“« une société aux structures solides et la providence des auteurs dramatiques »”
“« le suicide est une arrogante conquête de la matière créée sur la puissance créatrice »”