Bonafoux, Pascal & Jansen, Leo & Hubert, Anneke & Jean, Christine & Pincemin, Jean-Pierre & Luciani, Louis & Ravoux, Adeline
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Core ideas
Pascal Bonafoux souligne une vie entièrement consacrée à l'art, dont les plus de six cents lettres à Théo montrent que les seuls événements décisifs concernent la peinture. Bien avant de vouloir peindre, Van Gogh visite les musées de Paris, Londres et Amsterdam, et son métier chez Goupil à La Haye aiguise un regard qui l'emporte sur ses autres sens. Bonafoux retrace une suite d'échecs : professeur à Londres, études de théologie à Amsterdam, évangéliste au Borinage où il se veut « le plus pauvre des pauvres ». Il commence à dessiner pour témoigner de la misère des mineurs, en refusant l'école des Beaux-Arts. Ses premiers dessins sont « à vomir » : Van Gogh n'est pas Mozart enfant, il ne devient lui-même qu'au prix d'efforts incommensurables, après l'hiver de misère à Anvers. Arrivé à Paris en 1886, il donne rendez-vous à Théo au Salon carré du Louvre. Les deux années parisiennes, sans lettres puisque les frères vivent ensemble, sont celles où il devient Van Gogh.
Au musée Van Gogh, une historienne de l'art commente Les Mangeurs de pommes de terre, ses tons sombres à la Millet et ses mains qui ont cultivé la terre qu'elles mangent, tableau mal reçu qui blessa son auteur. Leo Jansen décrit dix ans de vie avec la correspondance, de la fragile lettre n° 1 à Théo jusqu'aux croquis qui s'insèrent dans les lignes et pensent dans la langue même, comme celui de la maison jaune. Bonafoux suit la vingtaine d'autoportraits parisiens, presque tous non signés : une palette qui s'éclaircit au contact du pointillisme de Seurat, des costumes qui deviennent vêtements de travail, et le chapeau de paille qui fait de Van Gogh un peintre de plein air, dans la lignée de Pissarro contre celle de Degas. Il y voit l'annonce du divorce d'Arles avec Gauguin. L'historienne montre comment la copie des estampes japonaises (coupures, couleurs primaires, perspective par la couleur) transforme la peinture hollandaise sombre en peinture éclatante.
Christine Jean parle d'une peinture qui recrée la terre et l'espace par le rythme, faite de passion et d'insoumission. Jean-Pierre Pincemin relève des figures frontales comme des statues de l'île de Pâques, sans psychologie, une science des accords colorés impossible à copier et l'urgence qu'il retrouve chez le dernier Picasso. Louis Luciani rapproche le geste de Van Gogh de l'écriture de Nietzsche : un prolongement de soi qui échappe à son auteur et peut mener à la folie, la quête d'un geste originel et, avec Artaud, la révélation d'un sujet qui n'existe plus. Adeline Ravoux raconte en 1953 le soir où Vincent rentra blessé à l'auberge d'Auvers, la venue du docteur Gachet et la mort du peintre. L'émission conclut, avec la dernière lettre et son « j'y risque ma vie et ma raison », sur la figure de l'artiste qui vit contre son temps et exclusivement pour l'art. Elle cite enfin son vœu de faire des portraits qui paraîtraient, un siècle plus tard, « comme des apparitions ».
Excerpts
Pascal Bonafoux sur les débuts de Van Gogh :
“vincent van gogh en début de carrière c'est pas mozart enfant [...] sont des petits dessins piteux mal fichu avec des traits grossiers avec des des erreurs pathétique donc ça sous-entend que vincent van gogh pour arriver à l'expression spécifique qui va être la sienne va devoir faire des efforts mais incommensurables”
Leo Jansen sur les croquis dans les lettres :
“on voit que le haut du ciel enfin le haut [du] croquis [rentre] carrément dans les mots presque il rentre dans les points il rentre dans la ligne ce qui veut dire que la langue les mots et les images [...] il n'y a pas de barrière entre les mots le [matériau] littéraire et picturale”
Louis Luciani sur le geste :
“on vit en écrivant on vit en peignant mais ce que j'ai peint ce que j'ai écrit ne m'appartient plus je le donne et le fait de tracer néanmoins cette chose est un effort phénoménal [...] qui peut conduire à la folie dans dans les deux cas nietzsche et alors van gogh”