Brun, Jean
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Core ideas
Une critique des mass médias avant la lettre. Brun lit sa propre introduction au tome XIII : Kierkegaard ne nie pas que la foule ait une valeur dans l'ordre temporel, mais éthiquement et religieusement elle est « le mensonge », une abstraction ; le Christ s'adresse à chacun et par là à tous, jamais à la foule, et celui qui voit dans la foule le tribunal de la vérité se met dans l'impossibilité d'aimer le prochain. Le rapport à la presse vient de l'affaire du Corsaire, journal satirique de Copenhague que beaucoup lisaient en cachette : Peder Ludvig Møller, ancien compagnon de jeunesse et collaborateur secret du journal, ayant attaqué Kierkegaard dans une revue d'esthétique, celui-ci révèle sa double vie. Le Corsaire se retourne alors contre lui (caricatures, moqueries sur sa silhouette, sur Régine, sur sa querelle avec Münster), et il se retrouve dans une situation presque invivable ; le journal finit par se saborder, son directeur Goldschmidt voyage, puis fonde une autre revue en présentant l'épisode comme une étape dialectique de sa vie.
Conséquences. Kierkegaard renonce au projet d'être pasteur de campagne, met sa plume au service du christianisme et prend conscience de la toute-puissance de l'opinion, qu'on manipule grâce à la presse. Le témoin de la vérité reste étranger à la politique, parle à chacun isolément et non pour former la foule. Les journalistes « louent » une opinion à des lecteurs dont ils ont créé le besoin (Schopenhauer parlait de « fripiers d'opinion ») ; Kierkegaard veut qu'on publie la liste des abonnés, car lire est se faire complice du pouvoir occulte. Plus excessivement, il écrit qu'il serait peut-être juste de fusiller les journalistes et qu'il voudrait l'être lui-même par eux, et voit dans la presse quotidienne une forme du mal.
L'époque sans passion. Dans sa recension de Deux époques (1846), il oppose la Révolution française, époque de passion et d'ivresse, à son temps, où tout est nivelé, paralysé par la réflexion et soumis à un fantôme, le public. On bavarde sur l'enseignement plutôt que d'apprendre ; les bâtisseurs de système sont comme ceux qui construisent un château en paroles et habitent une chaumière. Il refuse de réduire le christianisme à une morale ou une philosophie, et condamne le « populisme » (la voix du peuple, voix de Dieu) comme sacrilège, la politique tournant à une affaire de bourse. Contre le plan anonyme, il rappelle que l'essentiel est le prochain, qui disparaît dans un monde de promiscuité sans proximité ; sa défense est celle des humbles qu'il a toujours aimés, contre ceux qui les flattent avec la pseudo-force du nombre.
Excerpts
“« le témoin de la vérité est bien entendu complètement étranger à la politique »”
“« les journalistes étaient des fripiers d'opinion »”
“« la tâche n'est pas de comprendre le christianisme mais de comprendre qu'on ne peut pas le comprendre »”