Vitse, Marc & Sentaurens, Jean & Pelegrín, Benito
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Core ideas
Jacques Munier présente la comedia espagnole, genre polymorphe du Siècle d'or qui mêle le comique et le tragique, joué dans des corrales contrôlés par l'Église et le pouvoir et dont les recettes financent les hôpitaux. C'est dans ce cadre populaire qu'est né Don Juan. Marc Vitse écarte les légendes du début du XXe siècle sur un Tirso bâtard d'un grand d'Espagne. Né vers 1579 dans une famille humble, Gabriel Téllez mène dans l'ordre de la Merci une carrière monacale sans histoire, avec un seul voyage aux Amériques. Le décret de la Junte de réformation de 1625 qui lui interdit d'écrire a selon Vitse un impact plus idéologique que réel, et son œuvre évolue vers plus de moralisme. Il voit en Tirso un disciple de Lope de Vega, qui théorise la comedia nueva dans Les Vergers de Tolède : la greffe du tragique et du comique contre les unités antiques. Tirso annonce aussi Calderón par le resserrement de l'espace et par un conflit entre jeunes plutôt qu'entre générations.
Benito Pelegrín décrit une querelle des Anciens et des Modernes réglée en Espagne bien avant la France. L'Arte nuevo de Lope codifie la comedia comme Monteverdi l'opéra : mélange des genres, variété métrique selon les personnages et les situations, valet comique (gracioso) qu'on retrouvera chez Molière, Marivaux et dans l'opéra bouffe. C'est un théâtre de la parole, presque sans décor, où « ça galope », selon le mot de Camus. Jean Sentaurens raconte l'explosion des corrales dans toute l'Espagne et l'Empire, de Naples à Lima. Ce sont des cours d'immeubles sans rideau, comparables au théâtre élisabéthain, avec un public de classes moyennes et un public féminin très nombreux, logé dans la cazuela. Lope se plaint que l'on passe d'auditeurs à spectateurs réclamant des machines. Vitse analyse Le Timide au palais, comédie palatine où une duchesse et son secrétaire inventent un langage indirect, dont la scène où elle feint de rêver, et note chez Tirso un goût constant du théâtre dans le théâtre. Il refuse de faire de lui un peintre de caractères à la française.
Sur L'Abuseur de Séville, Vitse insiste sur le mot : un burlador, un jeune grand seigneur oisif en temps de paix, qui cherche la gloire en volant l'honneur des femmes plutôt que leur corps. Ce n'est ni un mécréant comme chez Molière ni un rebelle, mais quelqu'un qui cherche à exister. Il trouve enfin dans le Commandeur un ennemi à sa taille. Vitse lit aussi la pièce comme un « mythe géographique » : de Naples à Séville, d'est en ouest, puis un retour vers l'est qui tourne le dos à Lisbonne et à la conquête portugaise. Pelegrín y voit un héros sans emploi dans un monde déjà conquis, qui gaspille gratuitement au cœur de la Séville des Amériques. Il évoque aussi les légendes sévillanes du Commandeur et rapproche Don Juan d'un détournement de l'amour courtois. Celui-ci donnait à la dame la maîtrise du jeu ; Don Juan en emprunte les formules les plus exquises pour les retourner contre les femmes.
Excerpts
Marc Vitse sur le personnage du burlador :
“ce qui l'intéresse chez les femmes c'est leur honneur [...] la femme en tant que femme un objet érotique ne l'intéresse pas [...] ce n'est pas une pièce sur le désir sur sa multiplicité [...] il est dans le système il ne le remet absolument pas en cause ce n'est pas un rebelle c'est simplement quelqu'un qui cherche à exister”
Benito Pelegrín sur la versification de la comedia :
“c'est l'identité de ce théâtre que le chargement de versification selon les situations comme dans la musique il y a dans la musique de l'opéra baroque il y à des tonalités qui correspondent à un type d'affect mais ce sont des règles des conventions très très puissant très forte et le public associe un tel type de versification reconnaît qu'on charge d'affect”
Benito Pelegrín sur la gratuité de Don Juan :
“c'est un héros sans emploi comme dirait claudel [...] c'est rentabiliser ce qu'on a construit et lui le rentabiliser rien il conquit il confié mais dans la gratuité absolue”