Grimal, Pierre & Heuzé, Philippe & Schefer, Jean-Louis
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité médiocre, surtout pour les lectures latines.
Core ideas
L'épitaphe « Mantua me genuit » résume la vie et l'œuvre : née à Mantoue, mort à Brindes au retour de Grèce avec Auguste, sépulture à Naples (Parthénope), et l'œuvre en trois temps, pascua, rura, duces. Pierre Grimal et Philippe Heuzé commentent la mosaïque de Sousse où Virgile, l'Énéide ouverte sur les genoux, est entouré de la Muse épique et de la Muse tragique. Pour Grimal, l'œuvre réunit l'épopée et la tragédie, avec Didon, synthèse de la culture antique. Heuzé y lit la concentration et la modestie d'un homme qui fuyait la gloire et la cour. Grimal replace la naissance de Virgile, en 70 avant J.-C., dans l'effondrement de la République, de Catilina à César et à Octave. Les Bucoliques naissent de l'expérience des guerres civiles et des expropriations au profit des vétérans. Heuzé lit la fin de la première églogue, dialogue entre Tityre qui reste et Mélibée qui part : une nature morte « végétarienne » de châtaignes, de pommes et de fromage, et l'une des premières représentations de la beauté du soir, avec les ombres qui s'allongent. Selon lui, on ne regarde plus le monde de la même façon après avoir lu Virgile.
Grimal fait de Virgile, élève de l'épicurien Siron au Pausilype, un poète de la paix, et de sa pensée le contraire d'une pensée politique, mais aux conséquences politiques : la cité tient au bonheur quotidien de vivre selon la nature, pas aux grandes pensées. Heuzé souligne que chaque œuvre crée d'emblée un chef-d'œuvre dans un genre neuf. Les Géorgiques renouvellent le poème didactique d'Hésiode, « la crème de toute poésie » pour Montaigne, une méditation sur l'homme et la terre qui culmine avec la cité des abeilles, puis Orphée qui se retourne et perd Eurydice. Grimal montre comment le régime d'Auguste profite de l'exaltation de l'Italie contre l'Orient de Cléopâtre, avec des mots d'ordre d'autant plus persuasifs qu'ils n'ont pas été dictés. Heuzé insiste sur la solidarité de l'homme avec le monde et les bêtes (« l'amour est le même pour tous »), sur la mort du taureau à la charrue et sur une possible sensibilité végétarienne néopythagoricienne. Il refuse aussi une lecture mièvre : Virgile, mélancolique, voit le caractère tragique et souvent absurde de l'histoire.
Jean-Louis Schefer raconte sa découverte de Virgile au collège et lit l'Énéide comme une épopée du mouvement : la tempête, l'eau dans les vases, un contrechamp troyen de l'Iliade, celui des vaincus, qui justifie la possession romaine et transporte les dieux grecs vers Rome. Grimal lit Didon comme l'image des laissés-pour-compte de l'histoire, dont la malédiction annonce Hannibal, et l'Énéide comme une fresque où Rome lit son destin, réunissant Troyens, Évandre l'Arcadien, Latins et Étrusques. Heuzé commente le vers de la descente aux Enfers, ibant obscuri sola sub nocte, et ses hypallages qui brouillent l'image dans un monde en noir et blanc. Grimal raconte qu'Auguste publia l'Énéide malgré la volonté du poète mourant, puis évoque sa diffusion jusque sur les murs de Pompéi, Dante et le Virgile mage du Moyen Âge. Schefer conclut sur la toupie du livre VII, mystérieuse et claire, et sur un poème fait d'images en marche, un paysage de rêve en mouvement.
Excerpts
Philippe Heuzé sur la beauté du soir dans la première églogue :
“c'est je crois dans la littérature une des premières fois où l'on voit suggéré la beauté du soir la beauté du soin qui descend sur une humble vallée nous connaissons depuis homère la splendeur de l'aurore aux doigts de rose mais la découverte qu'il y a une beauté merveilleuse dans l'ombre qui envahi le paysage”
Pierre Grimal sur la pensée de Virgile :
“la pensée de virgile me semble être le contraire d'une pensée politique et pourtant c'est une pensée qui a des conséquences politiques virgile a senti compris [...] il a compris la vie des cités résidait dans la continuité des jours j'ai chaque citoyen non pas en grandes pensées mais en petit bonheur”
Jean-Louis Schefer sur l'Énéide :
“c'est une version ça n'est pas une continuation de l'iliade et de l'odyssée c'est un contrechamp c'est un contrechamp fait du côté prix amiens par conséquent c'est écrit du côté des anciens ennemis des grecs des vaincus”