Broche, François & Roussel, Éric & Rondeau, Daniel & Jambet, Christian & Cazenave, Michel & Domenach, Jean-Marie & Mourlet, Michel & Malraux, André
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Core ideas
François Broche retrace la jeunesse de Barrès : enfant de Charmes et interne malheureux près de Nancy, il « monte » à Paris en jeune dandy, fréquente les mardis de Mallarmé et vénère Leconte de Lisle. Il débute comme journaliste dans de petites revues et le restera toute sa vie, ce qui explique la curiosité dispersée de son œuvre. Le Culte du moi naît d'un individualisme anarchisant, et même devenu nationaliste, Barrès garde une passion de sa propre liberté. Daniel Rondeau raconte sa découverte de Barrès en Lorraine dans les années 1970 et sa trouvaille aux archives de Meurthe-et-Moselle : des rapports de police de 1889 sur le jeune député boulangiste, « agitateur ouvrier » faisant des meetings agités dans les villes industrielles. Il évoque aussi la colline de Sion et le témoignage de la nièce adoptive de Barrès sur ses journées à Neuilly.
Christian Jambet distingue trois phases : une gauche post-communarde et anarchisante, un nationalisme antiparlementaire né du boulangisme et de Panama (Barrès siège à l'extrême gauche et préside la Ligue des patriotes, sans jamais écrire à l'Action française, puisqu'il se veut héritier de la Révolution et de l'Empire autant que de la monarchie), puis le nationalisme militant de 1914-1918. Il oppose ce nationalisme, fait de la diversité régionale et de la continuité des générations, au Volksgeist romantique allemand clos sur lui-même. Le culte « de la terre et des morts » naît d'abord d'une profonde mélancolie et d'un sentiment aigu de la mort. Michel Cazenave et un intervenant spécialiste de De Gaulle soulignent la filiation avec la France libre, De Gaulle qui recopiait Barrès dans ses carnets et Malraux qui, dans un discours entendu en archive, dit l'avoir compris trop tard. Jean-Marie Domenach raconte avoir lu Barrès dans l'humiliation de juin 1940, et lit la lettre où De Gaulle salue chez lui le « déchirement de l'âme » habillé d'une « splendide désinvolture ».
Jambet analyse l'affaire Dreyfus. Contre la vérité des faits défendue par Bernard Lazare et Péguy, Barrès construit une vérité politique où Dreyfus, présumé coupable parce que juif et donc « étranger », l'est de toute façon pour avoir divisé la nation. Jambet voit dans cette doctrine, qui subordonne la morale à la politique, un modèle durable que l'on retrouve chez Aragon, lequel saluait en Barrès le fondateur du roman politique moderne. Domenach regrette aussi ces années quasi racistes. Michel Mourlet lit dans Les Déracinés une critique de l'individualisme opposée à l'individualité enracinée, et en lit le passage du meurtre d'Astiné Aravian. Un intervenant raconte le procès Barrès organisé par les dadaïstes en 1921, accusé d'« attentat à la sûreté de l'esprit » et représenté par un mannequin, qu'il voit comme la première manifestation surréaliste, marquée par l'irruption de Benjamin Péret en soldat inconnu allemand. Broche et Roussel présentent enfin les Cahiers et le Journal de ma vie extérieure, qui révèlent un Barrès curieux de tout, plus proche de Diderot que de Maurras.
Excerpts
François Broche sur l'anarchisme de jeunesse de Barrès :
“le culte du moi c'était une conséquence d'un individualisme anarchique qui ne reconnaissaient aucune valeur établie et barrès très tôt montré une grande sympathie pour les anarchistes tout en contestant la nécessité du recours à la violence [...] alors même qu'il est devenu petit peu à peu nationaliste il a gardé un fonds de l'anarchisme qui signifiait pour lui avant tout goût de la liberté”
Christian Jambet sur la doctrine barrésienne de la vérité dans l'affaire Dreyfus :
“ce que met en place quelqu'un comme barrès c'est une autre doctrine de la vérité ne trime éminemment politique elle et non pas moral plutôt qui soumet la morale à la politique et qui veut que la vérité c'est ce que ce soit ce qui servira les intérêts du peuple de la nation et du parti”
Jean-Marie Domenach lisant la lettre de De Gaulle sur Barrès (1954) :
“vous faites très bien voir et sentir cet aspect de déchirement de l'âme cet aspect du déchirement de l'âme si proche du désespoir [...] ce déchirement de l'âme qui m'a toujours entraîné d'ambarès qui l'a habillé d'une splendide désinvolture”